taekwondo / Yasmina Aziez : « Je suis une attaquante dans l’âme »

Publié le : 21/07/2016 13:38:52
Catégories : Actualités , taekwondo

taekwondo / Yasmina Aziez : « Je suis une attaquante dans l’âme »

Depuis 2009 et sa médaille de bronze mondiale à 18 ans, Yasmina Aziez est attendue aux plus hauts sommets. Mais, entre blessures et méformes, son parcours ressemble à des montagnes russes.

Seules les années paires semblent l’inspirer. Elle a été vice-championne d’Europe en 2010, 3e en 2012, 2e en 2014. Et nous sommes en 2016… Le temps est venu de monter tout là-haut, à Rio.

Par Ludovic Mauchien

 

Les JO 2016, elle y pense depuis 7 ans, depuis que Rio a été désignée ville hôte des Jeux, depuis qu’elle a remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde, à seulement 18 ans.

En 2009, à Copenhague, alors que Glwadys Epangue remportait son 1er titre mondial, la jeune Lyonnaise offrait à la France sa 2e récompense du cru avec une 3e place en -49 kg.

7 ans après, Yasmina Aziez pointe à la 5e place mondiale, s’est directement qualifiée pour les Jeux et apparaît comme l’une des principales prétendantes à la médaille olympique à Rio (17-20 août).

La triple médaillée européenne (argent en 2010 et 2014, bronze en 2012) qui, si elle n’a pas encore totalement confirmé les espoirs placés en elle, reste bel et bien l’une des cadors du circuit, qui en compte quelques unes.

La meneuse des trublions se nomme Jingyu Wu, qui n’est autre que la double championne olympique en titre et l’actuelle n°1 mondiale. La Chinoise (29 ans), championne du monde en 2007, vice-championne du monde en 2015, ne devrait croiser la route de la Française qu’en finale des Jeux.

Si tel est le cas, cela signifie que Yasmina Aziez aura brillé de 1000 feux et éteint les flammes de l’espoir à la Croate Lucija Zaninovic (n°3 mondiale), sa bête noire, la Thaïlandaise Wongpattanakit (n°2), la Coréenne Kim So-Hui (double championne du monde) ou la Mexicaine Itzel Manjarrez. Une médaille d’or olympique, ça se mérite !

 

« Je ne crains aucune fille, sinon moi-même »

 

Comment abordes-tu les Jeux ?

Ce sont mes 1ers Jeux. Je sais que cela va être difficile. Mais il faut que je les prenne comme une compétition… pas normale car c’est quelque chose d’extraordinaire, mais il ne faut pas que je me mette de pression inutile. Elle sera présente, c’est sûr, mais il ne faut pas qu’elle prenne la place de la détermination, de l’envie ou de l’état d’esprit qu’il faut avoir ce jour-là.

J’appréhende un peu ces Jeux. En fait, il y a deux côtés. Une partie de moi a envie d’y être, une autre me dit : « attends car il faut encore travailler et peaufiner ». J’aimerais avoir un mois de plus pour les préparer. J’ai envie d’arriver au top le jour J.

 

Qui crains-tu le plus ?

Je me crains d’abord moi-même. En fait, dans les compétitions où j’ai perdu, c’est moi qui fais des fautes. Je perds par ma faute, pas celle de mon coach, ni de mon adversaire. A un moment, j’en ai marre de faire de la jambe avant et que le score soit serré. Je veux emballer la chose. Les filles n’attendent que ça : que tu rentres pour contrer. Le Taekwondo est devenu beaucoup de la défense. Je ne crains aucune fille particulièrement mais celles que je vais redouter le plus sont celles qui ont un style asiatique.

 

« Le sort va s’inverser aux Jeux… »

 

As-tu rencontré toutes tes adversaires ? Les as-tu battues ?

Je les ai toutes rencontrées sauf celles d’Aruba que je devrais prendre au 1er tour (Pimentel Rodriguez). En ¼ de finale, je devrais rencontrer la Croate (Lucija Zaninovic), que j’ai l’habitude d’affronter en championnat d’Europe. C’est elle qui passe à chaque fois mais le sort va s’inverser aux Jeux.

Si je parviens en ½ finale, je devrais affronter soit la Coréenne Kim So-Hui (double championne du monde), soit la Thaïlandaise Wongpattanakit. J’ai perdu une fois contre la Coréenne, au Grand-Prix de Manchester en 2013, à mon retour de blessure. Elle est venue en stage à l’Insep pendant une semaine en juin. On a pu faire de l’opposition ensemble. Par contre, je n’ai jamais rencontré la Thaïlandaise.

 

Comment te sens-tu à quelques semaines des Jeux (l’interview a été réalisée le 6 juillet) ?

Nous sommes rentrées de Cuba il y a à peine une semaine. Je me sens assez fatiguée, mentalement comme physiquement car on a tapé dans les ressources. C’est dur mais c’est normal d’être fatiguée à un mois et 10 jours des Jeux. On travaille des choses qu’on n’a pas l’habitude. Il faut rester assez serein. On puise aussi de l’énergie au niveau psychologique.

 

« Je vais souvent au point en or »

 

Raconte-nous ce stage d’une semaine à Cuba ?

J’étais en super forme. Mon genou allait bien. J’ai pu faire toutes les séances d’opposition, prendre le maximum de ce que je pouvais prendre. J’ai fait 3 test-matchs avec de bonnes oppositions.

Il faut que je continue à travailler sur ma concentration et ma lucidité pendant le combat, afin de ne pas perdre mes moyens. Je vais souvent au point en or contre les nanas. Il ne faut pas que je veuille marquer trop vite. Souvent, j’attaque, je m’expose et je prends le contre.

 

Quels sont tes principaux axes de travail sur ce dernier mois de préparation ?

Je suis encore loin d’être au point. J’ai une marge de progression. Un mois et 10 jours, c’est court. Il faut s’entraîner intensément. Je dois encore travailler mes stratégies car je ne suis pas encore au point. Mais le jour des Jeux, quoiqu’il arrive, que je sois au point ou pas, le fait de vouloir la médaille d’or et de repenser à tous les sacrifices faits, cela va me pousser vers le haut.

 

« J’aime beaucoup faire des 360, des Nelyo… »

 

Tu as été médaillée de bronze pour tes 1ers Mondiaux en 2009. Depuis, tu n’as plus accroché de podium. Pourquoi ?

En 2011, c’est un échec. J’aurais pu ramener une médaille. J’avais été beaucoup blessée auparavant mais, même, je ne pense pas que cela soit dû à ça. J’ai entamé la compétition avec un mauvais état d’esprit. N’étant pas bien mentalement, je n’ai pas su relever le défi. En 2013, j’ai été opérée et je n’ai pas pu participer.

En 2015, j’ai eu une année hyper difficile. Je n’arrivais pas du tout à combattre. J’ai eu des soucis personnels qui ont influé sur mon physique et mon mental. Du coup, aux Mondiaux, je trouve que je fais une très bonne prestation car je ne pensais ne pas être là. Je passe 3 tours et je perds en ¼ de finale contre la Serbe Bogdanovic, qui finira 3e. J’aurais pu passer mais, mentalement, j’ai craqué.

 

Qu’as-tu appris sur ces échéances ?

Il faut absolument que je travaille encore le mental. Quand je perds mes moyens, je pars dans l’énervement. Je perds de la lucidité, je sors de mon cadre, de ma stratégie, de ma tactique. Une fois que je suis sortie, j’ai du mal à m’y remettre.

 

Qu’est-ce qui t’éclate dans le Taekwondo ?

J’aime gagner quand je sais que, derrière, il y a eu du travail et que j’ai souffert, comme au Grand-Prix final, où je me suis qualifiée pour les Jeux en finissant 2e (au Mexique fin mai). Cela a été super car j’en ai vraiment bavé en 2015.

J’aime aussi beaucoup attaquer. Je suis une attaquante dans l’âme. Même si cela peut me poser des problèmes, j’aime beaucoup faire des 360, des Nelyo… Je me suis un peu calmée mais, aux Jeux, j’ai vraiment envie de sortir des « magiques ». Un 360 en attaque ou un Nelyo au visage m’ont sortie de situations mal engagées.

 

« Je me relève à chaque fois que je tombe »

 

Avec quelle technique justement aimerais-tu remporter les Jeux ? 

J’aimerais bien gagner en finale face à la Chinoise Wu en exécutant un coup de retourné ou un coup de pied au visage. Ce serait super !

 

Comment regardes-tu le chemin que tu as parcouru depuis 2008 ?

Mon parcours ressemble à des montagnes russes. J’ai enchaîné 3 super années, 2008, 2009 et 2010. En 2011, j’ai été blessée. Cela a été difficile. Mais ma force mentale a fait que je me suis accrochée. Je me relève à chaque fois que je tombe. Cela représente beaucoup de sacrifices et de difficultés à surmonter, entre les régimes, les blessures, les fois où l’on se lève et que l’on n’a pas envie d’aller s’entraîner par manque de force…

Aujourd’hui, je me dis que c’était long mais j’ai ce que je veux, c’est-à-dire aller aux Jeux. Il faut que tous ceux qui sont derrière moi m’aident à aller chercher cette médaille d’or.

 

Partager ce contenu

PayPal