Kilian Le Blouch : « On écrit l’histoire avec eux… C’est valorisant »

Publié le : 30/06/2016 15:58:01
Catégories : Actualités , judo

Kilian Le Blouch : « On écrit l’histoire avec eux… C’est valorisant »

A Rio, où il représente la France en -66 kg, il sera accompagné par l’un de ses anciens élèves, Walide Khyar (-60 kg). Aux prochains JO, il sera peut-être remplacé par l’un de ses actuels élèves.

Kilian Le Blouch, 26 ans, a la fibre de la transmission. Il adore enseigner et ne peut s’en passer. Depuis son adolescence, le double champion de France (2012 et 2014) et 3e à Paris et Almaty cette année, forge les Judokas en herbe. Le champion nous parle du Senseï…

Par Ludovic Mauchien

 

Le 7 août, devant leur TV, quelques dizaines de mômes et d’ados vont pouvoir épater leurs petits copains et leur famille en suivant le tournoi olympique de Judo. « Regardez ! Je le connais bien ! C’est mon professeur », vont-ils pouvoir s’exclamer en voyant Kilian Le Blouch aller à la mine pour chercher l’or. Ces jeunes ont entre 11 et 20 ans, ils sont licenciés au Flam 91 et sont forgés au quotidien par le représentant tricolore en -66 kg.

Pour celui-ci, le Judo est un tout, unique et indissociable. C’est un sport où, à force de ténacité et d’abnégation, il a fini par faire son trou. C’est aussi un art, une école, un chemin à suivre qu’il aime à transmettre. Le double champion de France (2012 et 2014), 3e des tournois de Paris et d’Almaty en 2016, enseigne depuis son adolescence.

A Rio, il va même connaître la ferveur des JO en compagnie d’un de ses anciens élèves, Walide Khyar, le tout frais champion d’Europe des -60 kg. Quelque soit son parcours, Kilian Le Blouch a déjà remporté une médaille. Enseigner est sa passion et il en parle magnifiquement bien…

 

« Cette curiosité m’a fait grandir »

 

Transmettre est-il important pour toi ?

Mon caractère fait que je suis quelqu’un d’assez généreux, dans l’effort, dans la transmission. A l’heure actuelle, j’essaie quand même plus de me focaliser plus sur moi. Mais, dans ma construction personnelle, c’est un truc hyper important.

Cela m’a obligé à être curieux, à toujours rechercher, à trouver des solutions à différents problèmes, pour moi ou pour d’autres athlètes. Cette curiosité m’a fait grandir, je pense, beaucoup plus vite que certains. Elle m’a permis de franchir des caps.

Cela m’a servi à titre personnel mais aussi énormément en tant qu’athlète. Je suis hyper lucide sur ma pratique. Je suis quasiment capable de m’entraîner tout seul même si j’aime bien que l’on me pousse. On a parfois besoin de quelqu’un qui appuie sur l’accélérateur pour que ça aille un peu plus vite. Je suis quand même capable de résoudre pas mal de problème. Ce rôle d’entraîneur a été énorme dans ma progression.

 

A qui enseignes-tu ?

J’ai un groupe par semaine de jeunes de 11 à 14 ans. Mais je m’occupe surtout des 15-20 ans, les Cadets-Juniors. C’est là que démarre le haut niveau. En Cadets, il faut déjà avoir travaillé en Minimes. Ils n’arrivent pas non plus en ne sachant rien faire. Ils ont de gros objectifs : les circuits nationaux, les championnats de France, d’Europe, du monde. C’est hyper intéressant pour eux. On va chercher de la perf’ tout en essayant de faire en sorte qu’ils soient forts dans 5 ans. C’est un boulot intéressant.

Hors préparation équipe de France, je m’entraîne tous les matins en randori pendant 2 h. L’après-midi, je fais de la prépa physique et de la technique (2 h aussi) puis, en fin de journée, je donne 2 h de cours. Et ce, quasiment tous les jours.

 

« Je les compare à des éponges »

 

Entraîneur de club et athlète en équipe de France : tu dois t’éclater, non ?

Oui, Et, en plus, je suis sur des catégories d’âge hyper marrantes. Je les compare à des éponges. Ils absorbent tout. Ils s’approprient tout ce qu’on leur donne. Ils sont capables de s’entraîner très dur. A un certain âge, plus les années passent, moins on récupère vite. Eux, on peut bien les faire bosser. C’est vraiment intéressant.

Je les compare aussi à de la pâte à modeler. A l’heure actuelle, un athlète, à 25-28 ans, a déjà 10 ans de haut niveau derrière lui, une construction personnelle hyper avancée (pôle Espoirs, Insep…). Quand tu as 15 ans, tu ne sais pas où tu en es, où tu vas. En tant qu’entraîneur, c’est hyper important de pouvoir un peu choisir pour eux.

Dans notre vision des choses, si l’on est jusqu’au-boutiste, on va hyper loin dans la progression. On crée vraiment quelque chose. On prend une page blanche et on écrit l’histoire avec eux. C’est hyper important. L’objectif est qu’ils deviennent des athlètes de haut niveau. Ils ne continueront pas forcément avec moi mais, en tout cas, je sais que je resterai l’un des n°1 dans leur progression et, à tout jamais, une pièce maîtresse de leur réussite. C’est hyper intéressant et l’on se marre bien avec des pré-ados et des ados même si, parfois, ils sont un peu « relou ». Mais ils sont drôles. On passe de bons moments en compèt’.

 

« Je suis sur la rigueur, le travail »

 

Y a-t-il un style Le Blouch ? Plus art martial que sport de haut niveau par exemple ?

Je pense vraiment que le sport de haut niveau possède toutes les valeurs de l’art martial. On les transmet. Ce que j’essaie de faire comprendre à mes élèves et qui est très martial : « Si tu n’as pas décidé que c’était toi qui « lui fera la peau », c’est ton adversaire qui te la fera ».

Le respect de son enseignant est aussi un truc hyper important et très martial. Je suis aussi beaucoup sur la rigueur, le travail. C’est à cet âge-là qu’on doit leur apprendre, que cela leur serve dans le sport de haut niveau ou pas.

J’ai eu de très bons compétiteurs, presqu’aux portes de l’équipe nationale Jeunes, mais qui ont plus mis l’accent sur leurs études. Je pense que dans leur contexte scolaire puis professionnel, ils seront capables de ressortir toutes ces valeurs.

 

Vu ton parcours en équipe de France, tes élèves te demandent-ils des autographes ?

(Il sourit) Non. Les tout petits, un peu. Mais je suis leur entraîneur. Même s’ils savent qui je suis dans le sport, je reste quelqu’un de quelconque pour eux. Quand ils viennent me voir en compèt’, ils ont parfois les yeux qui brillent mais cela ne dure pas longtemps. Derrière, on revient dans le contexte entraînement.

Je pense qu’ils sont fiers. Mais je ne suis pas pour eux comme certains athlètes comme le sont pour certains jeunes : des idoles.

 

« L’enseignement me manquerait »

 

Est-ce indispensable pour toi d’enseigner ? Est-ce un équilibre ?

On en a longuement débattu. Cela a longtemps été un problème. Cela a quand même des conséquences car cela engendre de la fatigue. Des fois, on n’est pas recentré sur soi-même, alors que, dans certains contextes, il faut l’être. C’est l’un des défauts de cette situation mais l’enseignement me manquerait beaucoup trop.

Et d’année en année, ça marche. Cela fait 6 ans que j’enseigne sur du haut niveau et j’ai eu 4 médailles en championnat de France par équipe, et en individuel, chez les Juniors, peut-être 8, et aussi d’autres en Cadets. Ca tourne !

Mais je me dis que je vais peut-être diminuer un peu le nombre de cours l’année prochaine. Tout le travail amorcé continue. On a toujours des jeunes intéressants. C’est motivant ! C’est hyper valorisant et intéressant.

 

 

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