Karate / Championnats d’Europe Sara Cardin « Si vous n’apprenez plus, c’est fini

Publié le : 04/05/2016 15:46:30
Catégories : Actualités , Karate

Karate / Championnats d’Europe Sara Cardin « Si vous n’apprenez plus, c’est fini

Sara Cardin
« Si vous n’apprenez plus, c’est fini ! »

La championne du monde en titre (55 kg) est arrivée mardi à Montpellier après deux semaines de camp d’entraînement avec l’équipe nationale italienne. Sara Cardin est fin prête ! Elle est aussi impatiente, de combattre et de montrer ces nouvelles armes. Championne et professeur, elle est surtout une éternelle élève, qui aime à chercher, à comprendre l’essence du mouvement, la justesse du timing, la sensation, à l’instar des grands anciens. Elle continue de s’améliorer de jour et jour. Et les Championnats d’Europe commencent jeudi…

Par Ludovic Mauchien à Montpellier (France)

 

Elle n’a que 29 ans mais elle a déjà dépassé le stade de la simple athlète. Elle a embrassé le rôle d’enseignant depuis longtemps. Elle adore ça et cela contribue à son équilibre. Mais quand l’heure de la compétition arrive, elle se concentre uniquement sur son boulot de combattante, qu’elle fait plutôt bien.

En 2010, elle est devenue championne d’Europe et a remporté la médaille d’argent aux Mondiaux. En 2013, elle s’est hissée sur la 2e marche du podium continental. Et, en 2014, elle a réalisé son rêve d’enfant : elle est devenue championne du monde (-55 kg) en dominant la Française Emily Thouy en finale. Après une année 2015 décevante, elle est de nouveau au top de sa forme…

 

Depuis que tu es devenue championne du monde en 2014, les choses sont-elles différentes ? Est-ce que tes adversaires te combattent différemment ?

Oui, c’est certain, leur regard a changé. Mais, de toute façon, j’essaie de donner le meilleur de moi-même à chaque fois. Ce n’est pas évident car tout le monde s’améliore d’année en année. Je dois donc apprendre de nouvelles tactiques, de nouveaux déplacements pour gagner. Je sais que mes adversaires m’étudient à la vidéo. Par conséquent, il faut que je change d’approche.

 

As-tu préparé quelques surprises pour ces Championnats d’Europe ?

Je ne sais pas si on peut le dire ainsi. Je suis impatiente de combattre. Je me sens bien, autant mentalement que physiquement. Après toutes ces années en compétition, je sais que je dois d’abord m’inquiéter à mon propos avant de m’occuper de mes adversaires. Tout va dépendre de la façon dont je vais me sentir le jour J, si je me suis bien réveillée… Mes sensations comptent plus que mes adversaires.

 

Quelle a été ta préparation pour ces Championnats d’Europe ?

Comme c’est le cas pour tous les championnats, nous avons effectué un stage de 2 semaines avec l’équipe nationale à Rome juste avant de venir à Montpellier. On s’entraînait 2 fois par jour. Le matin était réservé à la condition physique et, l’après-midi, nous travaillions la tactique et la technique.

Depuis le début de l’année, j’ai participé à l’Open de Las Vegas et à celui de Dubaï. Je me suis classée 5e à Las Vegas mais j’ai bien combattu. A Dubaï, j’ai atteint la finale et j’ai été dominée par la Malaise Jefry Krishnan (2e aux Mondiaux 2014 en -61 kg). But j’ai fait 5 matches et mes sensations étaient bonnes.

 

En dehors de l’équipe nationale, comment t’entraînes-tu ?

Je m’entraîne avec mon coach « historique », Paolo Moretto, à Trévise, ma ville natale. Il est aussi mon mari. J’ai commencé le Karaté avec lui et, au fil des années, nous sommes passés d’élève à ami puis d’ami à mari. C’est un excellent prof. Nous avons voyagé à travers l’Italie et l’Europe pour voir et apprendre d’autres choses en échangeant avec les gens.

Selon moi, il est très important de continuer à apprendre. Si vous ne continuez pas à apprendre, c’est fini ! Nous devons tout le temps chercher à maîtriser de nouvelles techniques ou de nouvelles façons de se déplacer. J’apprends aussi pas mal des enfants. On se doit de progresser à chaque fois qu’on le peut.

 

Enseignes-tu, en plus de la compétition ?

Oui ! Je donne des cours les lundis et les jeudis dans mon club, à Trévise. J’enseigne à des enfants âgés de 5 à 12 ans. Enseigner est mon autre passion.

 

Qu’est-ce qu’une championne du monde âgée de 29 ans peut-elle encore apprendre ?

J’apprends des déplacements, des angles d’attaque différents, de nouvelles façons de frapper, que ce soit avec les poings ou avec les jambes… En ce moment, j’apprends à combattre avec une position différente. J’essaie d’apprendre le plus que je peux : avec telle garde, avec l’autre… Quand on combat, plus on possède de techniques et de tactiques, plus c’est facile de choisir la bonne pour gagner.

 

Une fois que l’on est champion du monde, est-ce difficile de trouver la motivation ? 

Cela l’a été juste après mon titre. J’étais parvenue à atteindre mon rêve d’enfant en devenant championne du monde. Mais, après quelques mois, je me suis remotivée en me concentrant sur de nouveaux projets, de nouveaux objectifs. J’essaie de découvrir au maximum les pays, les gens. Je veux profiter de tous les aspects du sport, qui n’est pas que compétition.

 

Qu’espères-tu de ces Championnats d’Europe ?

Je suis impatiente de combattre. Je me suis entraînée très dur. Je me sens bien, mentalement comme physiquement. On verra bien… Chaque expérience est différente et une compétition n’est pas un entraînement. Les sentiments, l’émotion, tiennent un grand rôle dans le résultat.

 

Que s’est-il passé aux Championnats d’Europe 2015 (elle perd au 2e tour contre la Turque Yakan et au 1er tour des repêchages face à l’Allemande Hagen) ?

J’étais blessée à un muscle de ma jambe. J’ai essayé de bien combattre mais, quand je bougeais, c’était parfois douloureux. Je n’ai pas réussi à me concentrer sur la compétition. J’étais obnibulée par ma douleur. Et ça n’a pas fonctionné.

En Karaté, vous pouvez battre tout le monde mais n’importe qui peut aussi vous battre. C’est ça, le problème ! Ainsi que je l’ai déjà dit, je suis plus inquiète à mon propos que quand je pense à mes adversaires.

 

Tu n’es pas gâtée avec les Françaises. Tu as d’abord dû affronter Lucie Ignace et, désormais, Emily Thouy. De sacrées adversaires…

Le Karaté français est très fort. J’aime le style de Lucie et d’Emily. J’essaie de les battre à chaque fois et cela ne fonctionne pas trop mal. Mais c’est toujours compliqué contre elles. Elles sont très complètes. Elles utilisent aussi bien les poings que les jambes. Je suis contente quand je gagne. Quand je perds contre elles, ce n’est pas que je suis contente mais comme j’apprécie leur style, cela passe mieux. Je suis en colère quand je perds contre quelqu’un qui n’a qu’une seule technique ou qu’une seule tactique. Je n’aime pas ce style de Karaté.

 

Quelle est ta vision du Karaté ? Est-ce un simple sport ou le vis-tu plus comme un art martial ?

Le Karaté représente les deux. C’est un art martial car, à travers sa pratique, vous apprenez beaucoup sur vous-même, sur la vie. Mais c’est bien évidement aussi un sport. C’est important qu’un art martial devienne également un sport. Tout le monde, enfants comme adultes, pratique le Karaté. C’est important mais, aujourd’hui, l’essentiel est qu’il soit reconnu comme sport à part entière afin d’être olympique.

 

Quels sont tes hobbys en dehors du Karaté ?

J’aime beaucoup la musique, sortir et aller danser avec mes amis. En hiver, j’adore faire du ski. Je devrais théoriquement rester tranquille et concentrée car le ski peut être dangereux d’autant plus que j’adore descendre tout schuss (elle rit). Ce n’est pas bon pour mes genoux. L’été, j’aime bien courir. J’aime tous les sports.

 

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