Karaté : Baillon-Beaudry, souvenirs d’un duo inséparable depuis 1999.

Publié le : 25/10/2016 11:00:02
Catégories : Actualités , Karate

Ils ont vécu ensemble toutes les campagnes de l’équipe de France depuis… 1999 ! Ils ont arrêté la compétition en même temps en 2006. Champions du monde par équipes en 2000 et en 2004, ils entraînent l’équipe de France Seniors depuis 2008.

Yann Baillon et Olivier Beaudry, 38 ans tous les deux, ce sont un peu les Schwarzy-De Vito du Karaté français. Ils ne se ressemblent pas forcément. Ils n’auraient pas dû réellement s’accorder. Ils sont incroyablement complémentaires. Ils racontent leurs souvenirs.

 

Par Ludovic Mauchien

 

Ils se sont connus en Juniors. C’était au siècle dernier. Depuis, Yann Baillon n’a fait qu’une infidélité à Olivier Beaudry : participer à l’Euro et au Mondial Seniors en… 1998.

A partir de 1999, ils ne vont plus se quitter. Ils seront de toutes les campagnes de l’équipe de France. Ils vont être sacrés champions du monde par équipes ensemble, en 2000 et en 2004. Ils vont stopper leur carrière au même moment, à l’issue des Mondiaux 2006. Quelques mois auparavant, ils avaient pris les rênes des équipes de France Juniors et Espoirs.

En 2008, ils intègrent tous les deux le staff de l’équipe Seniors. 8 ans après, ils sont toujours fidèles aux postes. Du 20 au 26 octobre, en compagnie de Ludovic Cacheux, ils vont à nouveau mener les troupes au combat lors des Mondiaux de Linz.

En Autriche, il s’agira de leur 9e Championnats du monde côte à côte. Ils en ont disputé 4 en tant que combattant (de 2000 à 2006), 4 comme entraîneurs (de 2008 à 2014). Ils ont tout connu, des défaites certes, mais surtout des victoires. Ils étaient des acteurs prépondérants des deux apothéoses du Karaté français, Munich en 2000 (16 médailles dont 6 en or) et Bercy en 2012 (13 médailles dont 7 en or).

L’un est d’Orléans, le 2e d’Epinay-sur-Seine. L’un cognait les Maegeri et les Gyaku, le 2e était le docteur ès Uraken. Yann Baillon et Olivier Beaudry racontent leurs souvenirs.

 

« On les avait pliés en 3 combats ! »

 

Que retenez-vous aujourd’hui de vos 1ers Mondiaux communs en 2000 ?

Y.B. : Ce sont de merveilleux souvenirs. En termes de médailles, cela avait été monstrueux. On fait 16 sur 17 ! En équipe, on avait survolé la compétition. L’image qui me reste, c’est la finale contre les Allemands, chez eux, devant 10-15 000 spectateurs. On les avait pliés en 3 combats ! C’est un moment fabuleux gravé à jamais dans nos mémoires.

 

O.B. : On nous donnait quelques années avant de gagner. Finalement, seul le tour contre l’Espagne (1/4 de finale) avait été un peu chaud. Et il y a surtout la finale… ! Il y avait beaucoup de bruit dans les tribunes. Au bout de 2 combats, il y en a eu beaucoup moins... Et au 3e, les gens commençaient à partir (rires).

 

Comment expliquez-vous ce succès ?

Y.B. : Pendant la préparation, il y avait une grosse ambiance, une grosse solidarité, et on est arrivé à Munich sans stress. Avant la finale par équipes, on s’échauffait en rigolant et en dansant, avec la musique à fond dans le vestiaire. On avait une fougue. Et dans toutes les caté’, on avait un potentiel de médailles mondiales. C’était un truc de fou !

 

O. B. : Il y avait une forme d’inconscience. On se sentait vraiment fort. On avait une impression d’invulnérabilité. On avait même préparé une chorégraphie pour fêter la victoire. Quand j’y réfléchis, c’est un truc de malade. Il fallait être présomptueux quand même.

 

« On s’échauffait 5 minutes et on bombardait »

 

« Grosse ambiance », « solidarité », « inconscience »… Retrouvez-vous cette force dans l’équipe de France 2016 ?

Y.B. : Dans la préparation oui mais en compétition non. Nous, on avait de l’insouciance tout le temps, même en compétition. Elle nous apportait cette force collective qui nous faisait déplacer des montagnes. En 2000, avant la finale, on écoutait à fond du rap dans le vestiaire. Tout le monde se fendait la gueule, rigolait, dansait, s’échauffait.

Alors que cette génération, dès qu’ils rentrent dans leur compétition, ils sont dans leurs bulles, très concentrés, ils ne laissent rien au hasard. C’est plus le travail. Je pense aux phases d’échauffement. Certains athlètes, c’est un entraînement ! Nous, on s’échauffait 5 minutes et on bombardait l’entraîneur qui tenait les Pao. Aujourd’hui, il y a plus de sérieux, plus de professionnalisme, mais moins de fougue et moins de folie.

 

O.B. : Je retrouve des ingrédients. Mais on ne peut pas avoir 2 fois la même équipe, la même alchimie, la même préparation. C’est un éternel recommencement. Par contre, il peut y avoir des dénominateurs communs. Dans cette équipe 2016, je retrouve cette forme de fougue, d’insouciance liée à la jeunesse. Cela peut les mener loin.

Mais le contexte est différent. Aujourd’hui, les préparations sont de plus en plus pointues. On faisait des choses qui, aujourd’hui, sont impensables. Cela nous arrivait de sortir le soir pendant les stages. Puis on mettait les gants le matin et on était à fond. On passait peut-être à côté de certaines choses. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus possible.

 

« Des joies communes dans la difficulté »

 

Quel est votre meilleur souvenir commun en tant qu’entraîneurs ?

Y.B. : Il y en a eu beaucoup. 2012 bien sûr, et les Championnats d’Europe à Montpellier en mai. On a aussi eu des joies communes dans la difficulté. Quand on était en charge l’équipe garçon, on a eu du mal à construire un groupe solide, à faire la transition avec les générations d’avant de 2006 et 2008. Il a fallu tout reconstruire. On s’est pris pas mal de claques.

Puis il y a eu le championnat d’Europe 2011 où l’équipe fait 2e. Elle avait fait un parcours incroyable. Même si on s’est incliné, on était très, très heureux de cette finale. Cela a relancé l’équipe garçons. Cela a préparé 2012.

Cela a pris du temps, cela a été compliqué, on a pris beaucoup de coups, il y a eu beaucoup d’échecs. Cette perf’ est un souvenir assez important pour nous.

 

O.B. : 2012, incontestablement. Parce que c’était un Championnat du monde, c’était à Paris, dans un Bercy rempli. Il y a eu des médailles d’or en paquet. On a tous réussi comme entraîneur. C’était une belle fête.

 

A contrario, votre pire souvenir en tant qu’entraîneur ?

Y.B. : Je pense immédiatement à Belgrade en 2010. Tout s’est mal goupillé. Dès le départ, on a pris l’eau. On perd au 1er tour. Tout s’est mal enchaîné. L’équipe s’est décomposée. Il commençait à y avoir des tensions entre certains. En termes de gestion d’homme, de gestion collective, cela a été un enfer. Tu as le sentiment que tout t’échappe, tout se décompose, tout ce que l’on a fait avant est oublié… Tout part en cacahuètes.

 

O.B. : Une très grosse remise en question aux Mondiaux 2010. Le dernier soir, dans notre chambre, on est resté ¾ h – 1 h sans parler. Aucune médaille d’or pour les athlètes qui nous concernaient ! Une grosse remise en question car on avait le sentiment d’avoir fait une très bonne préparation et d’avoir mis tous les ingrédients. L’équipe garçon marchait du feu de dieu. On avait un excellent groupe et… Un truc ne s’est pas fait, une alchimie.

 

« On a pris des risques. On les a assumés »

 

Vous avez vécu les deux apothéoses du Karaté français, Munich 2000 comme athlètes et Bercy 2012 en tant qu’entraîneurs. En quoi la sensation est-elle différente ? 

Y.B. : Ca n’a rien à voir. Quand tu vis ta préparation de l’intérieur, tu ne vois pas tout ce qui est fait à côté. L’apothéose est intrinsèque quand tu es athlète, même si tu partages avec tes potes. Quand tu es entraîneur, c’est le sentiment du travail bien fait. 2012, c’est une apothéose parce que l’on a beaucoup bossé, qu’on a atteint l’objectif.

Les choix de sélection, de stratégie, d’entraînement ont été difficiles. On a pris des risques. On les a assumés et cela paye derrière. C’est une grosse émotion ! On bat le record de médailles, en plus à domicile. Quand tu prépares tes athlètes, il y a beaucoup de doutes, des blessures, des contre-performances. C’est une fierté d’être entraîneur à ce moment-là.

 

O.B. : C’est très différent. En tant qu’athlète, tu vis tout avec cette liberté de ne pas avoir l’obligation de gagner. Entraîneur, c’est notre travail. Il y a ce côté professionnel. Quand on a des médailles, on a le sentiment du travail accompli. On est heureux, bien sûr, mais ce n’est pas la même joie.

 

 

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Bio express

 

Yann Baillon

Né le 29 mai 1978 à Orléans

38 ans

Equipe de France de 1998 à 2006.

Entraîneur national depuis 2006

Palmarès.

Ch. du monde. -80 kg : 1er en 2002 ; 2e en 2000 ; 3e en 2004. +80 kg : 3e en 2006. Equipe : 1er en 1998, 2000, 2004 ; 3e en 2002.

Ch. d’Europe. -80 kg : 1er en 2000 ; 3e en 1998, 2001. Equipe : 1er en 1999, 2000, 2001, 2002 ; 3e en 2005.

 

Olivier Beaudry

Né le 17 novembre 1977 à Epinay/Seine

38 ans

Equipe de France de 1999 à 2006.

Entraîneur national depuis 2006

Palmarès.

Ch. du monde. Equipe : 1er en 2000, 2004 ; 3e en 2002.

Ch. d’Europe. -75 kg : 1er en 2004, 2006 ; 3e en 2001. Equipe : 1er en 1999, 2000, 2001, 2002 ; 3e en 2005.

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