Judo/Le n°2 mondial -100kg : Cyrille Maret « Ne t’arrête pas quand c’est dur… »

Publié le : 07/07/2016 09:42:58
Catégories : Actualités , judo

Judo/Le n°2 mondial -100kg : Cyrille Maret « Ne t’arrête pas quand c’est dur… »

C’est en tant que n°2 mondial que le Français Cyrille Maret (-100 kg), 28 ans, va participer à ses 1ers Jeux Olympiques. Le triple médaillé européen (2013 à 2015) a passé la vitesse supérieure ces dernières années.

Force de la nature, le Dijonnais avance sans bruit mais avec ferveur. Il revient sur son parcours : l’INSEP avec Riner et Legrand, ses Mondiaux manqués, son Judo, les JO de Rio…

Par Ludovic Mauchien

 

Bien malin qui serait capable de prédire le champion olympique 2016 des -100 kg, tant la catégorie est ouverte aux vents de la concurrence. Le vice-champion du monde 2014, l’Azerbaïdjanais Elmar Gasimov, débarquera à Rio avec l’étiquette de n°1 mondial malgré une 5e place aux Championnats d’Europe en mai dernier. Le Tchèque Lukas Krpalek, champion du monde en 2014 et champion d’Europe 2013 et 2014, fait toujours figure d’épouvantail et se classe 3e du ranking. L’Allemand Karl-Richard Frey, actuel n°4 de la caté, a été médaillé d’argent aux Championnats du monde 2015 (3e en 2014). Le Japonais Ryunosuke Haga est champion du monde en titre. Le Néerlandais Henk Grol, vice-champion du monde en 2013, le Cubain Jose Armenteros, 2e des Mondiaux 2014, le Belge Toma Nikiforov sont aussi en embuscade.

Au milieu de tous ces morts de faim, le Français Cyrille Maret. Triple vainqueur du Grand Slam de Paris, dont le dernier en date, il est l’actuel n°2 mondial. Certes, il est passé à côté de ses Championnats d’Europe en avril (éliminé en 8e). Oui, il a commis deux erreurs de cadet aux Championnats du monde en août dernier (et il s’en veut encore), qu’il achève à la 5e place.

 

« Un très beau groupe avec Ugo, Teddy… »

 

Mais le Bourguignon a dompté tous ses principaux adversaires ces derniers temps. Il est enfin parvenu à battre Krpalek et reste sur deux succès face au Tchèque (1/2 finales à Paris en octobre 2015 et à Guadalajara en mai). Avec Gasimov, ils en sont à 1-1 en 2016 (victoire pour Cyrille à Paris en février et défaite en finale à Guadalajara). Le temps est peut-être venu pour Cyrille Maret de vaincre le signe indien…

 

Tu as intégré l’INSEP en 2005, à 17 ans, avec une génération triée sur le volet, programmée pour tout casser. Cela doit être de super souvenirs ?

J’étais Junior 2e année. On avait été champion d’Europe Cadet avec Hervé Fichot, mon collègue de Dijon. Stéphane Traineau avait fait le déplacement en Bourgogne pour rencontrer nos entraîneurs et les dirigeants de nos écoles pour les informer qu’il aimerait nous intégrer à l’INSEP. C’est ce que j’ai fait à la saison suivante.

On avait un très beau groupe avec Ugo (Legrand), Teddy (Riner), Mickaël Rémilien, qui a été champion du monde et d’Europe Junior en 2006, Axel Clerget… On était des jeunes athlètes qui promettaient énormément. Aujourd’hui, quelques uns ont survécu. C’était un groupe qui avait envie et cela s’est ressenti toutes ces années que l’on a pu partager ensemble.

 

« On a tous des parcours différents »

 

Comment as-tu vécu le fait que certains (Legrand, Riner…) aient percé « plus tôt, plus vite » que toi ? Etait-ce facile ou difficile à vivre ? 

Beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi, en étant champion du monde Junior en 2006, en appartenant à cette génération dorée, je n’ai pas réussi à percer aussi rapidement qu’eux…

On a tous des parcours différents. Peut-être que par rapport à mon Judo, à la catégorie qui le permet désormais, à une maturité plus tardive… Je n’ai pas réussi à trouver forcément une explication sur les raisons pour lesquelles j’ai percé plus tard.

Mais, aujourd’hui, je suis bien présent. Il n’est jamais trop tard et je vais arriver sur ces Jeux Olympiques de Rio avec, je l’espère, la maturité physique, mentale et technique au plus haut, tout simplement.

 

Tu parles de mental. Ne serait-ce pas ce qui t’a fait défaut jusqu’ici ? 

Non, je ne crois pas. Il me manquait plutôt une maturité physique que je ressens aujourd’hui pleinement dans mes combats. A l’époque, je ne faisais pas partie des plus puissants de ma catégorie et mon Judo a besoin de cela. J’ai besoin d’imposer une certaine puissance. C’est ce que je bosse depuis un certain temps et cela porte ses fruits depuis déjà deux ou trois ans.

Je travaille pas mal en muscu, en cardio, tous ces éléments qui pêchaient un peu, qui me manquaient. Je me suis toujours entraîné fort mais peut-être pas de la meilleure des manières possibles. C’est peut-être ce qui a été le petit élément déclencheur pour ma percée aussi tardive.

 

« De sales ¼ h sur les Taté… »

 

Qu’entends-tu par là ?

Je m’entraînais dur mais sans forcement trop réfléchir. Je n’étais pas le n°1 de ma catégorie. En termes d’entraînement, on est plus encadré lorsque l’on fait partie de l’élite du Judo Français. Aujourd’hui, quand on intègre l’équipe de France, quand on est n°1 français, on fait aussi un travail personnalisé. C’est avec l’individualisation de l’entraînement que l’on va aller chercher les petits points, que l’on gomme les petites faiblesses, pour passer de 90% à 100% de sa forme optimale.

 

Comment définirais-tu ton Judo ?

C’est une bonne question. Aujourd’hui, j’ai un Judo relativement basé sur la puissance. J’ai besoin d’être bien installé pour pouvoir balancer des attaques fortes. Techniquement, j’ai quelques bons mouvements, que je travaille beaucoup pour renforcer mes points forts. J’ai un Judo fait pour user mes adversaires, pour les fatiguer au maximum et être le meilleur possible en fin de combat.

 

Est-ce que tu travailles le sol ?

J’en ai fait beaucoup plus jeune, à l’INSEP, avec les anciens. Je me rappelle avoir passé « des sales ¼ h » sur les Taté (il rit) mais c’était bénéfique. Ces tatés… Tu étais au milieu et, en gros, tous les mecs te fonçaient dessus et puis… ! Ça a été des points importants de ma progression.

J’aime le sol. C’est une partie du Judo que j’apprécie. Le Ne Waza est une chose très importante dans le Judo. Je pourrais peut-être encore plus accentuer ce travail car cela me permet de gagner des combats lorsqu’ils sont un peu durs debout, comme on a pu le voir à l’Open de Paris en février où j’ai remporté 3 combats au sol.

 

« J’ai encore grave la haine… »

 

As-tu essayé le Jiu Jitsu brésilien ?

Non, je pense que nous avons énormément et suffisamment de techniques en Judo. Et, de toute façon, les techniques de JJB sont interdites au Judo. On ne peut pas faire de clé de chevilles… Il y a forcément des petites astuces à prendre. Mais, par exemple, pour tout ce qui est contrôle, les techniques sont les mêmes en Judo.

 

Tu as plutôt été « malchanceux » lors de tes différents championnats du monde. Que s’est-il passé ?

Non, non ! Cela n’a rien à voir avec de la malchance ! C’est tout simplement moi qui n’ai pas été à la hauteur des événements, clairement. J’ai eu une petite pression, ou une grosse.

Je bosse pour trouver les solutions qui m’ont manqué sur ces championnats du monde. Ce sont clairement trois compétitions où je suis passé à côté. Je termine deux 2 fois 7e et une fois 5e. Dans le monde du Judo, ce ne sont pas des résultats. Sur les derniers championnats du monde (août 2015), c’est encore plus délicat…

 

Tu sembles toujours « avoir les boules » quand on en parle… 

Bien sûr ! Cela fait plusieurs mois et j’ai encore grave la haine de ce qui s’est passé. Tout simplement parce que, sur le Japonais Haga, en ½ finale, je perds à 17 secondes de la fin alors que je menais de 2 Shido à 1. Et pour la place de 3, face à Nikiforov, je gagnais 3 Shido à 1 et je perds encore à 27 secondes de la fin.

Dans le sport de haut niveau, on ne doit pas faire des erreurs comme celles-ci, jamais. Je les ai faites et c’est, pour moi, une faute professionnelle. Je m’en sers et je vais m’en servir tous les jours pour être le meilleur possible. Mais, oui, cela a vraiment été très difficile !

 

« Etre prêt le jour J »

 

Tu travailles en parallèle du Judo. Est-ce difficile de combiner les deux ?

Je suis détaché à 70%. Je suis agent de sécurité à la police ferroviaire de la SNCF. Ce n’est pas difficile, c’est un métier. Il n’y a rien de facile dans la vie. Cela permet de prendre conscience que les valeurs du travail sont importantes.

Je vis à l’INSEP dans mon petit monde de sportifs depuis 12 ans déjà. Une fois par semaine, je côtoie des collègues qui travaillent au quotidien. Cela me permet de me libérer un peu de la routine de l’entraînement. J’ai besoin de ça. J’ai trouvé un certain équilibre.

En plus, ils m’ont vraiment bien intégré. C’est assez génial ! Je fais d’ailleurs une dédicace à mes amis que j’aime très fort. Je vis des belles choses à la SNCF.

 

Quelle est ta logique de préparation ?

Elle est programmée depuis longtemps. Ce n’est pas à 6 mois des Jeux que je vais tout remettre en cause. La préparation, c’est le rôle des entraîneurs. Je leur fais une confiance totale. Ils m’ont fait énormément progresser.

J’apprécie le travail qu’ils effectuent avec moi. J’espère que cela portera ses fruits à Rio. En tous cas, je ne les remercierai jamais assez par rapport au fait qu’ils m’aient poussé dans les moments difficiles et qu’ils m’aient permis de m’entraîner de la meilleure des manières. Le but ultime est d’être prêt le jour J, le 11 août 2016.

 

« Je viens d’une famille de bosseurs »

 

Penses-tu quotidiennement aux JO ?

J’y pense. Mais je ne fais pas une fixette non plus. On est obligé d’y penser ! C’est une compétition qui peut changer la vie d’un Judoka. C’est la plus grosse compétition dans le sport amateur. Il faut y penser mais, par contre, ne pas se prendre la tête avec cette compèt. Elle va arriver. Et on sera tous prêts.

J’essaye de ne pas trop me projeter sur ces Jeux. J’y pense. J’ai envie d’être le meilleur là-bas. J’ai envie d’y aller pour donner le meilleur de moi-même et j’espère ramener la plus belle des médailles. Je ne connais aucun compétiteur qui s’engage sur une compétition pour terminer 9e. On veut tous gagner ! Par contre, cela sera très difficile. On le sait. Ce qui fera la différence, c’est d’être prêt le jour J !

 

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un jeune pratiquant ?

Le conseil est simple. C’est une devise qui fonctionne autant dans le sport que dans la vie : le travail paye. Je viens d’une famille où les gens sont des bosseurs. C’est ce que j’ai toujours fait dans le Judo et cela porte ses fruits.

Ma mère travaillait à l’usine, mon père est chef de chantier dans les travaux publics. Il a construit sa propre maison. Ils ont travaillé toute leur vie. Je respecte tout ce que mes parents ont fait.

Si je peux donner un conseil, c’est surtout de ne rien lâcher. « Ne t’arrête pas quand c’est dur, arrête-toi quand c’est terminé ». C’est une chose qu’il faut mettre dans un coin de sa tête quand on veut progresser.

 

 

Partager ce contenu

PayPal