Judo / Walide Khyar : « Il manque quelque chose... Je le sens »

Publié le : 26/07/2016 16:23:01
Catégories : Actualités , judo

Judo / Walide Khyar : « Il manque quelque chose... Je le sens »

Il aime jouer les trublions. Il a trouvé un terrain de jeu à la hauteur de ses facéties. En janvier, fraîchement sorti des Juniors, il n’est que le n°3 de sa catégorie (-60 kg). En février, il se classe 3e de son 1er Grand Slam de Paris. En avril, il décroche le titre de champion d’Europe Senior, et par Ippon s’il vous plaît ! En août, Walide Khyar va représenter la France aux JO de Rio. Show devant…

Par Ludovic Mauchien

 

« Mon rêve n’est pas seulement d’aller à Rio. Ce n’est qu’une étape. Mon rêve, c’est de gagner les Jeux ». Pour l’instant, rien d’extraordinaire. On ne connaît guère d’athlètes qui partent pour finir 9e… Ce qui est plus surprenant, qui pourrait être interprété comme de l’insolence et/ou de la suffisance, est le fait que ces propos soient signés Walide Khyar en date du 6 février 2016, au soir de sa 3e place au Grand Slam de Paris.

Certes, le môme venait de réaliser une magnifique performance pour sa première dans l’antre de Bercy. Mais il est tout fraîchement émoulu des Juniors, pointe au-delà de la 50e place mondiale et est considéré comme le n°3 français.

Mais la force est en lui… Sélectionné pour les Championnats d’Europe (21-24 avril), il explose tout et, au passage, s’offre le scalp de quelques clients (l’Anglais McKenzie, le Géorgien Papinashvili, le Turc Ozul). En finale, il se paie même le luxe de dominer l’Azerbaïdjanais Safarov sur Ippon, en sortant Ura-Nage alors qu’il était mené.

Il est champion d’Europe Seniors ! Il a par là-même fait un grand pas vers les Jeux. Il lui faut encore grappiller des points pour apparaître dans les 22 premiers du ranking mondial, synonyme de qualification pour les JO. Il va aller chercher les derniers au World Masters de Guadalajara fin mai, où il finit 5e.

 

« Les gens commencent à me reconnaître »

 

Un an après son titre de champion d’Europe Juniors (3e des Mondiaux en novembre), Walide Khyar va non seulement participer aux Jeux Olympiques de Rio, mais il va figurer parmi les favoris pour une médaille ! Pas mal pour un 19e mondial ! Les incongruités, il adore ça ! Pour lui, cela ne fait aucun doute, il n’y a que l’or qui vaille. Et il en est capable, le bougre !

 

Qu’est-ce que cela fait d’être champion d’Europe à 20 ans ?

C’est déjà passé. Il faut savourer un petit moment et retourner au travail. J’étais sur un petit nuage lors de ces Championnats d’Europe. Tout était un peu nouveau pour moi. Cette médiatisation qui vient d’un coup, c’est… particulier. Les gens commencent à me reconnaître dans la rue. C’est nouveau mais c’est agréable. Cela se gère très bien. Ca restera un très, très bon souvenir. Mais il faut passer à autre chose. Il ne faut pas rester trop longtemps là-dessus.

 

Depuis lors, comment se déroule ta préparation ?

Très bien ! J’ai juste contracté une petite blessure en stage de préparation en Turquie avant le Master du Mexique fin mai (entorse ligament interne du genou). Je n’ai plus mal. Tout se passe bien. On enchaîne les stages. On n’a pas le temps de s’ennuyer. On se repose comme il faut.

 

« Ils ont été gentils avec nous »

 

Comment as-tu vécu le stage avec la Légion étrangère en Corse (début juin) ?

Ah, ce stage ! Pour moi, c’était encore une fois nouveau. Je découvre beaucoup de choses et c’est ce que j’aime dans ce sport. Je suis quelqu’un de très curieux. C’était super intéressant de voir ce que vivent les légionnaires. Honnêtement, je n’y connaissais rien et j’ai beaucoup appris. On a vraiment apprécié les moments passés avec eux. Il y a 186 pays représentés à la Légion. Chaque personne avec laquelle on parlait nous apprenait quelque chose de différent. Franchement, j’ai vraiment apprécié. C’était super intéressant.

 

Qu’as-tu appris ?

Déjà, par rapport à leur boulot. Ils nous donnaient aussi des infos sur leur pays. On a échangé avec des Brésiliens, des Tchétchènes, des Russes, des Arméniens, des Roumains… Tout le monde parlait de son pays. Ils avaient du mal à s’exprimer mais ils avaient envie de dire des choses.

 

Ce stage n’était-il pas trop dur physiquement ?

Nooon ! La marche de 5 h a été un peu difficile. Le plus dur a été de très peu dormir. On manquait vraiment de sommeil. Mais… Il fallait être dans le dur comme eux. Et encore ! Je pense qu’ils ont été gentils avec nous.

 

« Ce n’est pas le plus fort qui gagnera… »

 

Est-ce un avantage de devenir champion d’Europe à 3 mois des Jeux ?

Si je n’avais pas été champion d’Europe, je ne crois pas que j’aurais disputé les Jeux. Pour moi, en tout cas, ce titre est une bonne chose. Je sais que j’ai travaillé dur pour gagner ces Championnats d’Europe. Y parvenir me donne de la confiance supplémentaire. Je suis serein. Je suis bien. C’est une bonne chose.

Evidemment, mes adversaires vont plus s’intéresser à moi. Mais il n’y a pas de secret. Aux Jeux, le jour J, tout le monde peut devenir champion olympique. Ca s’est déjà vu. Ce n’est pas le plus fort qui gagnera, mais le meilleur de la journée.

 

Travailles-tu des mouvements différents depuis ton titre de champion d’Europe, pour mieux surprendre ?

Non, à moins de 40 jours des Jeux, il ne faut rien changer. J’essaie de perfectionner tout ce qui fonctionne, d’enlever ou de perfectionner ce qui ne marche pas. Il s’agit juste d’améliorations, rien de nouveau. Je parle autant de l’aspect technique que de l’état d’esprit.

Rien ne doit changer, de la manière de gérer mon poids jusqu’à la manière de faire ma valise, de la gestion de mon sommeil à celle de mes entraînements. Je ne veux rien changer (il rit). De toute façon, je n’aime pas ça.

 

« Je vis quelque chose de magnifique »

 

La pression monte-t-elle à un mois de tes 1ers JO ?

Non, il n’y a pas de la pression. Cela ne sert à rien. Il s’agit plutôt d’impatience. J’ai hâte d’y être. J’y pense tout le temps. Quand je dors, j’en rêve. C’est en moi ! Je respire Jeux Olympiques, je dors Jeux Olympiques, je mange Jeux Olympiques. Je vis quelque chose de magnifique et j’espère que je vais concrétiser tous mes rêves. J’y vais pour l’or. C’est sûr ! C’est normal (il sourit).

 

C’est un Walide Khyar heureux que nous rencontrons aujourd’hui (interview réalisée le 30 juin) ?

Ouais, mais pas tout à fait encore. Il manque quelque chose... Je le sens (il sourit). Je serais totalement heureux le 6 août.

 

 

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