Judo : Hassen Goudjil « Les Jeux, c’est comme préparer Polytechnique »

Publié le : 25/07/2016 12:25:13
Catégories : Actualités , judo

Judo : Hassen Goudjil « Les Jeux, c’est comme préparer Polytechnique »

Il entraîne Clarisse Agbegnenou depuis ses 16 ans, depuis mai 2009 précisément. Il la connaît sur le bout des doigts. En tant qu’entraîneur de club, il est régulièrement convié à l’entraînement de l’équipe de France.

Quel rôle tient un entraîneur de club auprès d’un international ? Que ressent-il ? Que peut-il apporter ? Comment fabrique-t-on un champion ? Hassen Goudjil livre sa vision des choses et nous éclaire sur sa protégée, l’une des favorites à la médaille d’or en -63 kg à Rio.

 

Par Ludovic Mauchien

 

Quel est rôle d’un entraîneur de club à 2-3 mois pour une athlète ?

Avoir une athlète qui fait les Jeux Olympiques, c’est une lourde responsabilité. Quelque part, elle se confie à vous. Elle se confie en l’occurrence à moi, son entraîneur à Argenteuil, mais aussi à Larbi (Benboudaoud, l’entraîneur national).

Les Jeux, c’est un peu comme si vous préparez Normal Sup’ ou Polytechnique. Vous devez être au top du top. Vous faites partie de l’élite. Et parmi l’élite, il faut exceller, il faut être le 1er. Imaginez un « major » de Polytechnique… Il faut que les accompagnants soient à la hauteur.

C’est évidemment beaucoup de travail, beaucoup de réflexion aussi, pour essayer de trouver la meilleure solution, d’être le plus utile possible pour l’accompagnement de l’athlète.

 

Comment se complètent les deux entraîneurs, vous et Larbi Benboudaoud en équipe de France ? 

On a beaucoup de chance avec Larbi, le trio a beaucoup de chance parce que c’est un travail d’équipe. J’associe d’ailleurs aussi l’entourage personnel de Clarisse. La réussite d’un athlète, pour moi, est une réussite globale. C’est toujours le petit détail qui fait la différence. Il y a besoin de tout le monde.

Cela se passe très bien avec Larbi. On se connaît depuis plus de 20 ans. On est amis dans la vie. Il y a déjà une confiance.

Après, Larbi est champion du monde et vice-champion olympique. Il a fallu qu’il me fasse confiance, au-delà de notre amitié, sur ce que je pouvais apporter dans l’accompagnement de Clarisse.

Cela a été par tâtonnement. Depuis 2012, la fédération a permis à Clarisse de pouvoir faire ses choix. Elle a opté pour ce duo et cela se passe très, très bien puisque, depuis 2012, elle a fait 3 finales mondiales dont 1 titre.

 

« Elle a la tête sur les épaules »

 

Venons-en à Clarisse. Le fait qu’elle n’ait pas disputé les championnats d’Europe a-t-il coupé sa préparation ?

Non, au contraire. Je pense même que, dans le mal, il y a du bien. Le fait qu’elle n’ait pas disputé les championnats d’Europe lui a permis de prendre un peu de recul, de bien agencer le reste de la saison pour préparer au mieux les Jeux. Cela lui a permis d’effectuer un plus gros travail de foncier.

Elle va revenir encore plus rapide, plus explosive, plus forte physiquement. Le fait d’en avoir conscience va faire qu’elle va être plus forte mentalement, puisqu’elle sera rassurée psychologiquement. Quand les Jeux approchent, inéluctablement, même si l’on a du mental, une pression se crée : une pression médiatique, de l’environnement, de l’entourage, même si elle est très bien entourée.

 

Quel est sa priorité de travail dans la dernière ligne droite des Jeux ?

Elle a donc effectué ce gros travail de préparation physique, surtout du foncier, qui est très fatiguant. Le plus important ensuite est de travailler sur la force-vitesse, sur l’explosivité. Elle dispose d’un mois et demi pour le faire. En parallèle, elle va reprendre les stages de Judo. En résumé, on va axer sur le Judo et affiner la préparation physique pour qu’elle soit plus explosive.

 

D’un point de vue mental, elle qui n’a jamais connu les Jeux, cela peut-elle la déstabiliser ?

Elle va aborder les Jeux comme de la même façon que les Championnats du monde, qui ont lieu à la même période de l’année. Avec cette pression en plus, parce que c’est tous les 4 ans, que c’est donc rare, parce que c’est une première, parce que c’est un événement planétaire… Elle a la tête sur les épaules et l’entourage est préparé à ça pour lui balayer le terrain afin qu’elle soit la plus sereine possible.

 

« Elle est émotive mais c’est caché »

 

Elle ne donne pas l’impression d’être atteinte par la pression. Psychologiquement, est-ce un roc ?

Oui, effectivement, elle ne donne pas l’impression. Mais il y a la réponse dans la question (il sourit). Après, c’est son travail, c’est du travail. Elle est émotive mais c’est caché. On discute beaucoup, c’est important. Déjà pour comprendre ce qu’elle fait. Quand on comprend, c’est plus facile après, on est aussi plus serein.

 

Qu’est-ce qui fait sa force ?

C’est son travail ! Elle travaille énormément. On dit toujours que le travail finit par payer. Il a payé pour elle. Elle est 2 fois championne d’Europe, championne du monde. Il faut donc continuer, continuer, continuer. On apprend tous les jours. Le travail inclut le repos aussi, bien évidemment.

Le travail rassure. Si l’on révise son bac la veille des examens, on va y arriver avec les jambes qui tremblent et avec les mains moites. Si l’on a bien bossé toute l’année, on arrive serein et on ne vise plus seulement le bac mais la mention, voire la mention très bien.

Clarisse travaille énormément. C’est sa force première. A force de travailler, on se forge le mental. On se dit finalement : « avec tout ce que j’ai fait, ce n’est pas possible… ». Les résultats consolident cet état d’esprit.

 

« Quand on la titille, c’est un volcan »

 

Quelles sont ses autres atouts ?

Après, bien sûr, elle possède de grandes qualités, des qualités physiques puisqu’elle est explosive et il vaut mieux être explosif dans le Judo d’aujourd’hui où cela va très, très vite. Elle est très intelligente, sinon elle ne gagnerait pas à ce niveau-là. Elle a une intelligence de combat. Elle pose ses mains. On oublie toujours que le Kumikata, la garde, est un jeu d’échecs. Elle est très pertinente sur le Kumikata, sur les schémas technico-tactiques.

Elle possède des qualités physiques importantes comme l’accélération, l’explosivité, l’agressivité aussi. Clarisse a un caractère agressif, il ne faut pas la titiller. Quand on la titille, c’est un volcan. Boum !

 

Est-ce facile de l’entraîner ?

Cela n’a pas toujours été évident parce qu’elle a un fort caractère, parce qu’elle dit toujours non, au 1er abord, par contradiction. Mais cela est un vrai bonheur de l’entraîner. Quand on voit autant de bienveillance… Comme disait Mohammed Ali : « on n’est pas champion dans un gymnase mais dans la vie », intérieurement. Clarisse fait partie de ces gens-là. Ce sont des champions intérieurs. Elle est championne du monde, super ! Elle a cette médaille d’or. C’est une championne sportivement. Mais c’est une championne intérieure. Et c’est pour moi le plus beau cadeau. Quand on aide des gens comme ça, cela devient très facile.

 

 

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