Judo Gévrise Emane en interview

Publié le : 20/04/2016 15:04:55
Catégories : Actualités , judo

Judo Gévrise Emane en interview

Gévrise Emane
« La clé, c’est moi »

Elle ne craint personne, sinon elle-même. Les 3 années de disette qui ont précédé son sacre mondial en 2015 sont oubliées. De toute façon, elle n’aime pas focaliser sur le passé. Elle préfère vivre le présent et préparer l’avenir. Cela tombe bien !

A 33 ans, Gévrise Emane, triple championne du monde et quadruple championne d’Europe, est en pôle position pour représenter la France aux JO de Rio cet été. 3e des Jeux de Londres, la « Lionne indomptable » est prête à rugir de nouveau. Dès les Championnats d’Europe à Kazan (21-24 avril) ?

Par Ludovic Mauchien

Tout au long de sa carrière, Gévrise Emane a alterné le bon et le moins bon. Le meilleur ? Son palmarès extraordinaire avec 3 couronnes mondiales (2007, 2011, 2015) et 4 titres européens (2006, 2007, 2011, 2012), assortis d’une médaille de bronze aux JO 2012. Le pire ? Des périodes de disette, telles les 3 années qui ont suivi les Jeux de Londres.

Alors que beaucoup la considérait en pré-retraite, Gévrise Emane, à 33 ans, a trouvé la force de remporter un 3e sacre planétaire en août dernier à Tchelyabinsk. Un exploit retentissant !

La Franco-Camerounaise est donc à nouveau sur le devant de la scène internationale et se positionne d’ores-et-déjà comme l’une des prétendantes à la médaille d’or olympique, la seule qui lui ait échappé dans sa remarquable carrière.

 

« Oser et tenter en vue des Jeux »

 

Encore faut-il qu’elle soit l’élue. Les dés ne sont pas encore jetés. Mais, pour elle, il est impensable et impossible qu’elle ne dispute pas ses 3e Jeux Olympiques. Fanny-Estelle Posvite ? « Un booster plutôt qu’une menace ». Actuellement classée 5e mondiale (au 7 avril), soit 6 places de mieux que sa concurrente pour la sélection, Gévrise Emane aborde les Championnats d’Europe qui se profilent à Kazan (21-24 avril) comme une étape vers Rio. Ainsi qu’elle le disait après sa 3e place au Grand Slam de Paris en février, « dans une année olympique, tous les podiums sont bons prendre ». A bon entendeur…

 

Quels sont les enjeux des Championnats d’Europe pour toi ?

Me concernant, c’est… oser, tenter, faire des choses en vue des Jeux (elle rit). Je vais tenter de mettre des choses en place pour Rio. C’est cela ! (elle rit à nouveau).

 

Si l’on te dit « JO », qu’est-ce qui te vient à l’esprit ?

Rio, titre, Copacabana (elle rit à nouveau).

 

Tu regardes vers le futur, jamais vers le passé…

Non, jamais. Toujours vers le futur.

 

Construis-tu avec le passé ?

Oui. Tout individu se construit avec ses expériences passées. C’est important. Mais il ne faut pas rester focalisé dessus. Il faut être « focus » sur le présent pour préparer l’avenir.

 

Quels sont tes adversaires principaux ?

En premier lieu, je pense à moi-même. La clé est là.

 

« Mettre des pions, c’est kiffant !!! »

 

Comment revient-on au top niveau après de grosses déceptions ?

On commence par se poser des questions. Bonnes ou mauvaises, peu importe. L’important est de s’en poser, de savoir où l’on veut aller et, du coup, de se projeter vers l’avenir, de faire des choix, puis de s’y tenir.

 

Prends-tu toujours autant de plaisir ?

Sans plaisir, surtout lorsque l’on fait un sport de combat très âpre comme le Judo, on n’avance pas J’ai connu des périodes sans plaisir et cela s’est de suite vu (elle rit).

 

Qu’est-ce qui t’éclate en Judo ?

Mettre des pions ! Ca, c’est kiffant !!! (elle rit). Pouvoir mettre des pions et aussi, ce que j’aime le plus, c’est progresser. Lorsqu’on se voit franchir les étapes les unes après les autres, c’est gratifiant mais on comprend aussi plein de choses sur moi-même, comment on fonctionne… Ce que l’on met en place pour pouvoir y arriver est également très intéressant. Cela va au-delà de l’aspect purement sportif.

 

« Plus sur le qualitatif que le quantitatif »

 

Dans ton approche, le Judo est-il un art martial ou un sport ?

C’est les deux. C’est un art car il faut être assez rusé et fin pour pouvoir déstabiliser l’autre. C’est une sorte de jeu d’échecs. Cela reste un sport parce qu’il y a la performance, qui plus est en année olympique.

 

La transmission, cela te parle ? 

Oui. Le fait de pouvoir redonner... J’ai pu rencontrer des personnes qui m’ont donné l’envie, le goût d’apprendre, qui m’ont fait progresser. Pourquoi ne pas transmettre ? Je ne sais pas encore sous quelle forme : enseigner, driver, guider...

 

Gères-tu tes entraînements différemment à 33 ans ? 

Bien sûr. Je suis désormais beaucoup plus sur le qualitatif que le quantitatif. Il y a des périodes où je fais beaucoup de quantité, comme encore récemment. Mais c’est beaucoup axé sur le qualitatif.

 

De tes 3 titres mondiaux, y en a-t-il un qui t’a plus marquée, plus émue ?

Les trois étaient top ! Je vais dire le premier car c’est celui qui lance, même si j’étais déjà double championne d’Europe. Mais un titre mondial, ce n’est pas rien ! Lorsque c’est le 1er, c’est… magnifique ! (elle éclate de rire).

 

« J’ai beaucoup progressé en Ne Waza »

 

Tu es réputée forte au sol. Travailles-tu spécifiquement en Ne Waza, voire en JJB ?

Je ne sais pas si je suis très forte mais j’ai beaucoup progressé en Ne Waza (elle rit), surtout en liaison. Cela m’éclate mais, au début, je n’étais pas forcément fan. Avec le temps et, surtout, l’évolution de l’arbitrage, qui nous permet de beaucoup plus travailler au sol, cela donne beaucoup plus d’opportunités de pouvoir conclure un combat.

C’est un domaine particulier et j’ai toujours envie de progresser. Mais je ne vais pas révolutionner ma façon de faire en Ne Waza maintenant. Ce n’est pas le moment (elle éclate de rire). Non, non !

 

Que te reste-t-il du Cameroun, que tu as quitté à l’âge de 3 ans ?

Beaucoup de choses ! Déjà, j’ai toujours beaucoup de famille là-bas, notamment ma grand-mère. Je n’y vais pas tous les ans, contrairement à mes parents et mes frères et sœurs, car ma carrière sportive ne me le permet pas.

Par contre, dès que je peux y aller, je ne loupe pas l’occasion. C’est très important pour moi d’y retourner. C’est effectivement aussi une approche de la vie, la musique, les repas, toute la convivialité qui va avec.

 

« Si je fais les Jeux, ce seront mes derniers »

 

Comment vois-tu l’après JO et/ou ton après Judo ?

Si je fais les Jeux, ce seront mes derniers, c’est sûr. Pour l’après, je n’ai pas encore décidé. Je n’y ai pas encore pensé. Je suis professeur de sport et diplômée en management public. Ce qui m’éclaterait ? Continuer à avoir mon poste réservé à l’Insep où je pourrais intervenir auprès des sportifs de haut niveau, notamment dans la formation, ou dans tout ce qui est suivi socio professionnel. Cet aspect est très important.

 

C’est-à-dire ?

On a tendance à l’oublier car on est focalisé sur la performance mais il faut savoir qu’un sportif de haut niveau, ce n’est pas seulement la perf’ en elle-même, c’est un individu à part entière. C’est important qu’il puisse se construire en tant que tel, préparer son avenir, surtout dans des sports comme le nôtre qui ne sont pas professionnels.

 

Quels conseils donnerais-tu à un ado qui aimerait percer au haut niveau ?

Il y en aurait plusieurs. Dans un 1er temps, c’est réaliser que, sans travail, on n’y arrive pas, ou moins bien. Même les gens très doués apprennent à travailler car, à un moment donné, cela ne passe plus. C’est important d’insister là-dessus.

On est dans une société de consommation où tout peut aller très vite et où l’on a un peu perdu la notion de travail. Je pense que c’est important de mettre en avant cette notion de travail, d’investissement. Pour perdurer au plus haut niveau en Judo, c’est essentiel.

 

 

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