Judo / Equipe de France : Le Blouch et Khyar, prof et élève

Publié le : 19/04/2016 10:49:34
Catégories : Actualités , judo

Judo / Equipe de France : Le Blouch et Khyar, prof et élève

Le Blouch et Khyar, frères d'armes

Hier, le premier a été le professeur du deuxième pendant une dizaine d’années. Aujourd’hui, Kilian Le Blouch, 26 ans (-66 kg), et Walide Khyar, 20 ans (-60 kg), sont coéquipiers en équipe de France et vont disputer les Championnats d’Europe à Kazan (21-24 avril). Destins croisés au sommet.

Par Ludovic Mauchien

« Kilian, Je le connais depuis tout petit. Il n’avait pas encore 16 ans qu’il nous accompagnait déjà en compétition. En fait, j’ai l’impression de l’avoir toujours connu », sourit Walide Khyar, 20 ans, qui va disputer ses 1ers Championnats d’Europe Seniors à Kazan.

Et avec qui partagera-t-il sa chambre ? Kilian Le Blouch, évidemment, logiquement. Pourtant, de prime abord, beaucoup de choses les sépare. L’un est plutôt introverti et réfléchi, l’autre extraverti et instinctif. Ils sont l’eau et le feu. Leurs six années d’écart ne leur ont pas non plus permis de faire les 400 coups ensemble dans les cours de récréation.

C’est sur les tatamis que les deux internationaux français ont noué leur amitié, pas comme partenaires mais en tant que professeur et élève, et ce, pendant plus de 10 ans.

« De mémoire, quand on s’est rencontré, j’étais cadet et il devait être benjamin. Il avait 8 ans », renchérit Kilian Le Blouch. « Au début, je n’étais pas vraiment son entraîneur. J’étais l’assistant des professeurs à Châtenay-Malabry (92). J’étais assez curieux, je venais sur les cours et j’aidais les gamins. Avec Walide, On a toujours eu un bon feeling. J’étais déjà « un grand frère », j’ai essayé d’être de bons conseils. On faisait du randori ensemble. C’était déjà un bastonneur. Et il aimait bien mettre la zizanie dans les cours. On l’a vite repéré avec ses bêtises d’enfants ».

Walide Khyar se fait aussi remarquer pour ses capacités. Quelques années après leur rencontre, le club crée un poste d’entraîneur Cadets. Il revient à Kilian Le Blouch. Walide Khyar vient tout juste de passer… cadet. « J’avais un beau groupe », se souvient Le Blouch. « Quand Walide gagne le championnat de France et termine vice-champion en Inter région, j’étais sur la chaise. C’est moi qui le coachais. Au total, je l’ai entraîné 7-8 ans avant de passer la main au staff national quand il a intégré l’Insep. »

En marge de l’équipe de France, ils sont inséparables. Ils ont quitté Châtenay-Malabry pour rejoindre le Flam 91. Ils ont vieilli, pris de la maturité mais les habitudes n’ont guère été bousculées. « C’est Baptiste (Leroy) qui l’entraîne désormais mais j’essaie d’être de bon conseil. Je suis présent s’il a besoin de moi. Mais il ne m’écoute pas toujours. Il a la tête dure quand même ! Mais cela fait sa force. On ne pourra pas le lui enlever. J’essaie de lui expliquer certaines choses. On n’est pas toujours d’accord mais c’est intéressant dans l’échange. On est des amis mais, quelquefois, je prends mon rôle de grand frère. Cela le fatigue un peu. Cela le gonfle en fait. Il a aussi envie d’être grand », sourit Kilian Le Blouch.

Mais le respect de l’aîné n’est pas un vain mot pour Walide Khyar, ni le sens de l’amitié. « On est un peu comme des frères », assure-t-il. « On a grandi ensemble. A un moment, c’était mon entraîneur. Aujourd’hui, on est athlète en équipe de France. C’est quelque chose de beau que je souhaite à tout le monde. C’est sympa. Il m’a énormément appris. Il m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses. Il m’a mis sur le bon chemin, m’a donné de très bons conseils et a su être là quand ça n’allait pas. Je l’en remercie aujourd’hui. A n’importe quelle heure, n’importe quand, il est toujours présent, et pas qu’avec moi. Il est comme ça avec tout le monde. Kilian a un grand cœur. Il ne le fait pas par obligation. Il le fait vraiment parce qu’il aime ce qu’il fait. C’est ça, le plus beau ».

A Kazan, le professeur et l’élève se retrouvent pour la 1ère fois en tant qu’athlètes sur un même championnat d’Europe. Kilian Le Blouch (-66 kg), notamment grâce à son podium au Grand Slam de Paris en février, peut ainsi espérer se repositionner en vue de la sélection aux JO, pour laquelle il apparaît en retard face à Loïc Korval.

L’ambition et la situation sont identiques pour Walide Khyar (-60 kg), même si celui-ci apparaît être sur un pied d’égalité avec Vincent Limare pour le sésame olympique. Les enjeux sont donc énormes à Kazan. L’un et l’autre joue gros. Pour Senseï Le Blouch, le meilleur est indubitablement à venir pour le « Petit Scarabée ».

« Walide peut faire les Jeux. Il peut devenir champion d’Europe. Il est capable de tout ! Il n’a pas de limite ! Avant, il était vachement sur l’envie, sur le corps à corps. Il l’a conservé mais il a beaucoup travaillé et a rajouté un panel technique intéressant au fur et à mesure des années. Après, sa force, ce sont ses qualités physiques. Il a la caisse ! Et c’est un guerrier. Il ne lâche jamais les matchs. Quand il perd, il se met dans des états incroyables. Pour lui, la défaite n’existe pas, elle ne devrait pas exister ».

Eradiquer la défaite est tout le mal qu’on souhaite aux deux. Franchement, les imaginer disputer une finale et monter sur le podium dans la foulée l’un de l’autre, cela aurait de la gueule. A n’en pas douter, Kilian Le Blouch ne s’offusquerait pas si son élève dépassait le maître. Il en serait même très heureux et très fier de ce qu’il a contribué à transmettre. Tel un Senseï.

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