Judo en Mongolie / épisode 1 : les champions. « 4 à 6 médailles à Rio »

Publié le : 01/06/2016 16:05:04
Catégories : Actualités , judo

Judo en Mongolie / épisode 1 : les champions. « 4 à 6 médailles à Rio »

2 champions du monde dans leur rang, 3 athlètes classés n°1 mondial en mai 2016, 10 combattants dans un Top 20. Comment un pays de 120 clubs et 23 000 licenciés, engoncés entre deux poids lourds, la Russie et la Chine, est-il parvenu à devenir une nation phare du Judo ? Qui sont ces empêcheurs de tourner en rond venus d’Oulan-Bator et des steppes chères à Gengis Khan ? Rencontre…

Par Ludovic Mauchien

 

« En Mongolie, le sport n°1, c’est le Judo », affirme Mashbat Bukhbat, le secrétaire général de la fédération. « C’est notamment dû aux similitudes avec notre Lutte traditionnelle (Bokh) car beaucoup de techniques se ressemblent. Seulement, en Lutte, seuls les hommes ont droit de participer. Le Judo est un nouveau sport et il est olympique. Les femmes peuvent pratiquer ».

Oublié, le football ! Eradiqué, le basket ! Etriqué, la natation ! Au pays de Gengis Khan qui, rappelons-le, a bâti le plus vaste empire de tous les temps au XIIIe siècle, le combat est roi. Il est seulement concurrencé par les « courses de chevaux » (appellation officielle), dénommées de nos jours « équitation ».

Si la Mongolie est le pays qui a la plus faible densité de population au monde, elle possède l’un des plus forts ratios du Judo en termes de résultat : 23 000 licenciés, 120 clubs, 8 médailles (Mondiaux + JO) depuis 2012, 3 athlètes classés n°1 au 15 mai 2016.

 

Ganbat, Munkhbat, Dorjsuren : Number 1 !

 

Trois numéros 1 mondiaux ! La Mongolie est le seul pays à réaliser cette performance. Seule la Corée compte deux leaders du ranking (pour info, côté français, seul Teddy Riner est classé n°1 mondial). A quelques semaines de l’ouverture des JO de Rio, les hordes mongoles s’apprêtent-elles à déferler sur les tapis cariocas ? A tout balayer à coups d’Araï Goshi ou de Sukui Nage, la technique favorite de Boldbaatar Ganbat, le champion du monde 2014 et n°1 mondial actuel (-60 kg) ?

Nous confirmons ! L’équipe mongole s’y apprête et s’y attèle. Depuis des années même. D’abord avec ses trois fers de lance, Ganbat donc, la championne du monde 2013 Urantsetseg Munkhbat (-48 kg) et la 3e des Mondiaux 2015 Sumiya Dorjsuren (-57 kg). Mais pas seulement… Derrière ses leaders, la Mongolie compte aussi une dizaine d’athlètes classés dans les 22 premiers mondiaux, synonyme de potentiels qualifiés olympiques.

Des résultats qui ne doivent évidemment rien au hasard. Le Judo mongol bénéficie d’un travail de fond orchestré depuis des années. Une première vague a vu le jour dans les années 80 (Damdin 2e aux JO 1980, Baljinnyam et Battulga, 2e et 3e aux Mondiaux 89) puis plus rien. Les nomades de Gobi commencèrent une traversée du désert. Seul Narmandakh, 3e aux JO 96, ramena une médaille à son pays en 15 ans.

 

« Action, réaction ! »

 

Arriva alors un homme providentiel. Champion du monde de Sambo, ancien membre de l’équipe nationale de Judo, M. Kh. Battulga est élu président de la fédération (pour info, il est aujourd’hui Ministre de l’agriculture et de l’industrie et pressenti pour devenir président de la République). Celui-ci va poser les bases de la pyramide. Du Nord au Sud, des steppes au désert de Gobi, il crée compétitions, rassemblements, entraînements. A Oulan-Bator, la capitale, il développe un centre national réservé au haut niveau. Le terreau est fertile. Mais encore faut-il trouver les graines de champion.

« Il y a des clubs dans les 2-3 villes moyennes de 100 000 h mais aussi à la campagne », raconte Benoît Campargue, l’ancien responsable des équipes de France, qui est désormais le conseiller technique de la Mongolie. « La détection est faite par la compétition et par le repérage. Quand ils détectent un jeune, ils ne demandent pas au prof ou aux parents si cela leur plaît. Il vient et point barre ! Cela se fait comme ça ! Ils l’emmènent au Pôle national où il va s’entraîner avec les meilleurs et… En avant ! L’explication de leurs bons résultats se situe aussi là : action, réaction. A partir du moment où c’est décidé, il n’y a pas de : « ce serait mieux comme ça. Tu devrais faire ci, ou plutôt ça… ». Là, c’est de l’action direct ».

 

« J’ai un rêve… »

 

C’est l’histoire d’Urantsetseg Munkhbat. La championne du monde 2013 (-48 kg), âgée de 25 ans, est originaire de la Province de Bayankhongor (au Sud du pays). Elle habite Oulan Bator et consacre sa vie au Judo depuis ses 18 ans. « C’est le plus beau sport de combat au monde ! », s’exclame la n°1 mondiale, 7e des JO en 2012 et fan de Ne Waza.

« J’aimais combattre avec les garçons. J’ai commencé le Judo à 15 ans et, aujourd’hui, je m’entraîne 2 à 3 fois par jour, soit 5 à 6 h, 6 jours sur 7. C’est un challenge, surtout pour une femme (elle rit). Le Judo nous rend plus fort. Et j’ai un rêve (elle rit à nouveau)… J’espère devenir championne olympique. Je fais tout pour tout. En 2012, je n’avais pas assez d’expérience. J’étais trop stressée parce que c’était la 1ère fois ». A Rio, Urantsetseg Munkhbat pourrait connaître une autre 1ère : devenir la 1ère femme médaillée olympique de son pays. Elle compte logiquement parmi les favorites pour l’or.

 

« Pour eux, le Judo, c’est sacré »

 

A ce jour, seul l’immortel des hauts plateaux, Naidangiin Tuvshinbayar dit Naidan, est parvenu à offrir une médaille d’or olympique à la Mongolie, en 2008 à Pékin (-100 kg). En 2012, à Londres, ils étaient deux à être médaillés, Naidan à nouveau (2e en -100 kg) et Sainjargalyn Nyam-Ochir (3e en -73 kg).

Si l’icône du pays, à 32 ans, apparaît émoussée (il est « seulement » 14e mondial), « Sainjar » est plus que jamais sur les rangs. 3e des Mondiaux 2015, il apparaît en 11e place (mai 2016). Et à Rio, ils seront en bonne compagnie… « Ils ont de très grandes ambitions ! », confirme Benoît Campargue. « Pour eux, le Judo, c’est sacré, c’est ce qu’ils aiment. C’est le sport n°1 en Mongolie. Il est très important qu’ils aient des résultats aux Jeux Olympiques. Je pense qu’ils ont 4 à 6 possibilités de médailles, filles et garçons ». A bon entendeur… Hajime !

 

 

Lire aussi :

Episode 2 : Benoît Campargue : « J’ai vu des miracles »…

Episode 3 : Lutte, Sambo, Sumo : leur influence

 

 

 

Les fers de lance

 

Ganbat Boldbaatar

Championnats du monde : 1er en 2014 (-60 kg)

Ranking (15 mai 2016) : 1er mondial

 

Dashdavaa Amartuvshin

Championnats du monde : 2e en 2013 (-60 kg)

Ranking : 11e mondial

 

Davaadorj Tumurkhuleg

Ranking : 3e mondial (-66 kg)

 

Dovdon Altansukh

Ranking : 6e mondial (-66 kg)

 

Sainjargalyn Nyam-Ochir

JO : 3e en 2012 (-73 kg)

Championnats du monde : 3e en 2015 (-73 kg)

Ranking : 11e mondial

 

Naidangiin Tuvshinbayar

JO : 1er en 2008, 2e en 2012 (-100 kg)

Ranking : 14e mondial

 

Urantsetseg Munkhbat

Championnats du monde : 1ère en 2013 (-48 kg)

Ranking : 1ère mondiale

 

Tsedevsuren Munkhzaya

Championnats du monde : 3e en 2015 (-63 kg)

Ranking : 7e mondiale

 

Dorjsuren Sumiya

Championnats du monde : 3e en 2015 (-57 kg)

Ranking : 1ère mondiale

 

 

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