Judo / Emilie Andéol « Le possible est juste après l’impossible »

Publié le : 08/09/2016 15:29:22
Catégories : Actualités , judo

Judo / Emilie Andéol « Le possible est juste après l’impossible »

Pour le Judo français, elle est devenue Sainte Emilie, la Madone qui sauve les JO de Rio. 3 jours avant le 15 août, elle a vécu sa propre assomption. Le 12 était son vendredi saint, un jour béni des dieux pour elle.

Emilie Andéol est devenue championne olympique (+78 kg) à la Carioca Arena 2 de Rio en dominant successivement la championne du monde et la tenante du titre ! Retour sur une consécration aux airs de résurrection et de rédemption… 

Par Ludovic Mauchien à Rio

 

« Je dis souvent que le possible est juste après l’impossible », souffle-t-elle dans un large sourire. Emilie Andéol est sur son nuage. Elle vient de recevoir sa médaille d’or sur le podium olympique de la Carioca Arena. Un moment de communion avec le public, avec elle-même aussi. Un instant magique, unique qui l’a fortement émue.

« Je me suis rappelée de tous les moments par lesquels je suis passée. Cela fait 23 ans que je fais du Judo, 12 ans que je fais du haut niveau, 10 ans que je suis à l’Insep et… Je suis passée par toutes les phases, de doutes, de remises en question... J’ai été au fond du trou. Et j’ai réussi à me relever pour me battre et aller chercher cette médaille d’or. C’est pour cela que j’étais vraiment émue ».

En ce vendredi 12 août, au 6e jour de ce tournoi olympique 2016, la France n’a toujours pas remporté la moindre médaille d’or. Certes, « Teddy » est en lice. Il y en aura donc au moins une. Il y a aussi Emilie, double championne d’Europe 2014-2015 et 3e des Mondiaux 2014.

 

De l’engueulade à la rigolade

 

« On ne va pas se mentir. On ne misait pas sur moi quand je suis arrivée à l’Insep, et même ensuite. Au final, j’ai réussi démontrer à tout le monde, et à moi la première, que je pouvais le faire. Du coup, les larmes ont coulé ». C’est ce qui s’appelle faire un joli pied de nez. Certainement le plus beau : aux JO ! « Une journée particulière. C’est tous les 4 ans. On a une pression de dingue… », rappelle l’héroïne.

Cette journée du 12 août, c’était la sienne. Du centre olympique sis à Barra de Tijuca, on ne voit pas le Christ Rédempteur, le célèbre protecteur de Rio. Mais lui devait avoir un œil sur Emilie Andéol et veiller à sa bonne étoile. Elle est encore une fois passée par toutes les phases, des larmes en salle d’attente à l’œil du tigre sur le tatami, de ses éternels doutes de combattantes à la certitude de la championne, de l’engueulade à la rigolade. Et, cette fois-ci, Emilie Andéol a surmonté ses faiblesses et démonté ses adversaires.

« Dans un coin de ma tête, je pensais à aller chercher ce titre olympique. Mais, pour moi, n’importe quelle médaille aurait été de l’or, et du coup, j’ai vraiment de l’or. C’est fantastique ! », s’emballait-elle avant de poursuivre : « Je suis 4e mondiale, je ne suis pas là pour rien ! Lors de cette olympiade, j’ai été 2 fois championne d’Europe et médaillée mondiale. Mon objectif était d’aller chercher le podium ».

 

« Je lui ai mis une soufflante… »

 

Tout ne fut pas simple, loin s’en faut. Elle a même failli disparaître dès son 1er combat face à la Mexicaine Zambotti (125 kg), étranglée par le stress. « C’est souvent le cas chez moi. Je me mets tellement la pression, je veux tellement bien faire, qu’au final, je me bloque. Cela a été un peu compliqué. Ensuite, Christophe a trouvé les mots pour me booster. Il les a bien trouvés ! ».

Christophe, c’est Christophe Massina, son entraîneur depuis une dizaine d’années. Il la connaît par cœur. Il a pointé les faiblesses. Il a identifié certains ressorts. Il a appuyé là où il fallait. « Son 1er combat n’était pas très compliqué en fait. Mais elle était en stress. Elle avait peur de mal faire, peur de gagner aussi. Puis elle a pleuré après sa victoire. Je ne l’ai pas consolée, je lui ai plutôt mis une soufflante en lui disant qu’il fallait qu’elle arrête de chialer et qu’elle se batte, qu’elle croît en son rêve, qu’elle donne tout. Je lui ai répété que Krpalek, champion olympique la veille en -100 kg, perdait à 20 secondes de la fin de son 1er combat. Elle avait besoin de se libérer ».

La soufflante a balayé les doutes. L’intervention de Christophe Massina est décisive. « Je n’aime pas particulièrement me faire remonter les bretelles mais ça fonctionne », en riait-elle ensuite. « Une fois le remontage de bretelle, je savais que j’allais aller jusqu’au bout. C’était comme à Paris, en octobre 2015 (lorsqu’elle a gagné le Grand Chelem) ».

 

« Etre toujours sur l’attaque »

 

Son 2e tour est le combat piège par excellence. Emilie Andéol (1,70 m ; 97 kg) retrouve la Tunisienne Nihel Cheikh Rouhou (78 kg). Elle a toujours perdu contre elle. « Et pas qu’un peu ! », remarquait Christophe Massina. « Deux Waza à chaque fois. Son ¼ de finale n’était pas facile… Elle avait un gros match tactique à faire, ce qu’elle n’aime pas du tout. Elle l’a fait et a bien tenu le match. Une fois qu’elle était en ½ finale, elle avait tout à gagner ».

En 1/2 finale, place au 1er gros morceau, un bloc venu de l’Est, la Chinoise Song Yu (128 kg), championne du monde en titre. Elles se sont déjà affrontées à 4 reprises. La Française n’a gagné qu’une seule fois, lors de la ½ finale de son Grand Chelem de Paris victorieux en 2015. « L’idée était d’être toujours sur l’attaque, d’être constamment active », raconte Emilie. « Christophe me disait qu’elle allait finir par douter, surtout si j’étais devant. C’est ce qui s’est passé ». Ippon à moins d’une minute de la fin !

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Après la championne du monde en titre, Emilie Andéol doit dominer la championne olympique et double championne du monde, la Cubaine Idalys Ortiz (82 kg) si elle tient à toucher le Graal.

 

« C’est ça qui est épatant chez elle… »

 

Une fois encore, les paris ne sont pas favorables à la Française, les stats un peu plus, puisqu’elles sont à égalité dans leurs affrontements (1 partout). « Christophe m’a dit, comme pour la ½ finale, que je n’avais rien à perdre. C’étaient elles les championnes. Ce n’était pas moi qui devait douter mais elles. Pour moi, ce n’était que du plus. Je savais que je pouvais… Pendant la finale, même si j’étais aussi fatiguée, je sentais qu’elle n’était pas au top, qu’elle était en train de fléchir. Je me suis dit : « ne lâche rien, continue, continue, accélère, accélère ! C’est ce qui fait ta force de ne rien lâcher et de toujours y croire ». C’est ce que j’ai fait ! ».

Et Emilie Endéol, au bout de 7 interminables minutes de combat, dont 3 en Golden Score (son 3e de la journée), a réussi l’improbable : immobiliser Ortiz. Ippon ! « C’est ça qui est épatant… », sourit Christophe Massina. « Dans la chambre d’appel, ses adversaires la voient pleurer. Elles se disent que cela va être facile. Et une fois qu’elle est sur le tapis, elles ne comprennent pas ce qui leur arrive. C’est un bulldozer qui leur passe dessus. C’est incroyable ! Quand elle est entrée à l’Insep, son objectif était d’être 5e aux Championnats de France, vous imaginez ?! Depuis, elle a bossé, bossé, bossé pour atteindre ce Graal. Mais personne ne misait sur elle pour l’or. Ceux qui ont parié se sont fait un paquet de pognon (il éclate de rire). J’espère qu’elle va se libérer. Je ne sais pas si ce titre va lui permettre car ce manque de confiance est très profond en elle. Mais on y travaille ».

 

« Fêter ça, re-fêter ça et re-re-fêter ça… »

 

A 28 ans, 6 ans après avoir failli être renvoyée de l’Insep pour manque de résultats, Emilie Andéol est devenue la 12e championne olympique française de l’histoire, quelques minutes avant que l’icône Teddy Riner ne ramène au Judo tricolore sa 52e médaille olympique (depuis 1964).

« Maintenant, je vais être la fille à battre… Je n’aime pas trop ça », rigole la championne olympique 2016 des +78 kg. « Mais, d’abord, je vais profiter, des vacances, de la famille, de fêter ça, re-fêter ça et re-re-fêter ça… ». C’est le minimum qu’elle mérite !

 

 

 

Les champions olympiques français

 

1980

Angelo PARISI (+95 kg)

Thierry REY (-60 kg)

1988

Marc ALEXANDRE (-71 kg)

1992

Cecile NOWAK (-48 kg)

Catherine FLEURY (-61 kg)

1996

David DOUILLET (+95 kg)

Marie-claire RESTOUX (-52 kg)

Djamel BOURAS (-78 kg)

2000

David DOUILLET (+100 kg)

Severine VANDENHENDE (-63 kg)

2012

Teddy RINER (+100 kg)

Lucie DECOSSE (-70 kg)

2016

Teddy RINER (+100 kg)

Emilie ANDEOL (+78 kg)

 

 

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