Judo / Clarisse Agbegnenou : « Le Judo se moule à nous. C’est notre chose »

Publié le : 18/07/2016 17:08:43
Catégories : Actualités , judo

Judo / Clarisse Agbegnenou : « Le Judo se moule à nous. C’est notre chose »

Championne du monde en 2014, vice-championne du monde en 2015 pour la 2e fois, double championne d’Europe en 2013 et 2014, la Française Clarisse Agbegnenou va connaître ses 1ers Jeux Olympiques à Rio. Sa volonté ? Se donner à 100% le jour J. Son pari ? Etre dans les bonnes dispositions mentales. Elle a prouvé qu’elle savait faire. Elle nous raconte comment…

Par Ludovic Mauchien

 

Depuis 2011, pas une année ne s’écoule sans que Clarisse Agbegnenou ne remporte une médaille dans un championnat international. A 23 ans, elle a déjà tout gagné, ou presque… Elle n’a pas encore participé aux Jeux Olympiques.

Le 9 août, ce sera chose faite pour la double championne d’Europe 2013 et 2014 (3e en 2015 aux Jeux Européens), championne du monde 2014 et vice-championne du monde 2013 et 2015.

Blessée, elle n’a pas pu participer aux Championnats d’Europe à la fin avril. Elle ne compte donc pas encore sa traditionnelle médaille annuelle en 2016. Elle demeure cependant invaincue cette année puisqu’elle a remporté le seul tournoi auquel elle a participé, le Grand Slam de Paris en février, en dominant la n° 3 mondiale, la Japonaise Tashiro, en finale.

Bien que la Nipponne sera l’une de ses principales adversaires à Rio, elle apparaît largement à la mesure de la Française qui demeure invaincue face à elle (6-0). Idem pour l’Israélienne Gerbi, qui compte 2 victoires face à Clarisse (dont celle en finale des Mondiaux 2013) mais 6 défaites (dont leur revanche dans la finale mondiale de 2014).

Si Clarisse Agbegnenou ne craint personne (à juste titre), elle sait qu’elle devra avant tout se méfier de celle qui lui a confisqué la place de n°1 mondiale, la Slovène Trstenjak. La Française mène certes le bal avec 3 victoires pour 2 défaites face à elle, mais a enregistré ses défaites lors de leurs derniers combats, notamment la finale des Championnats du monde 2015. Le moment est venu de mettre les points sur les i et de retrouver « sa » véritable place, celle de n°1. Elle s’y attèle…

 

« Faut pas m’embêter avec : c’est un truc de « ouf »

 

Tu as déclaré : « je vais préparer les Jeux à ma sauce ». Que cela signifie-t-il ?

Je ne suis pas dans le même état d’esprit que les autres. Je suis relax. Je ne pense presque pas aux JO. On a été faire notre stage en Corse. J’étais contente. On a effectué notre stage avec les étrangères. Suivant. Je procède étape par étape. Je suis tranquille. C’est cela ma sauce. Il ne faut pas m’embêter du style : « les Jeux, c’est un truc de « ouf ». Bah oui, les Jeux, c’est un truc de « ouf ». C’est l’événement qui est ouf. Mais, nous, dans notre salle, le tapis ou les filles, ce sont les mêmes ! Ca fait 4 ans, 8 ans, que ce sont les mêmes personnes. Ce n’est donc pas un truc de « ouf ».

 

Qui crains-tu le plus ? Toi-même ?

Si j’arrive à rester relax… Ce que je crains, c’est la pression des autres sur moi pour l’événement. Sinon, je sais ce que j’aurais à faire, ce que je veux faire et je sais que ce sera moi contre moi-même. Je sais que je peux battre tout le monde. Tout le monde peut aussi me battre. Mais je ne leur laisserai pas cette chance, cette opportunité de pouvoir le faire. Il faudra que je sois relax.

 

« Bien me sentir à l’entraînement »

Ne pas avoir disputé les Championnats d’Europe peut-il être un manque dans ta préparation ?

Pas du tout ! Les Championnats d’Europe, c’est une compétition. L’entraînement, c’est l’entraînement. Je suis arrivée aux Championnats du monde à Paris (en 2011) avec quelques mois d’entraînement et j’ai fait une belle compétition (1ère par équipe).

Chaque tournoi a son histoire. Je me donnerais à 100% le jour des Jeux. Je n’ai pas besoin de me jauger. Je le fais depuis 4 ans. Ce dont j’ai besoin, c’est de bien m’entraîner, de bien me sentir à l’entraînement. Et même si ce n’est pas le cas, je sais que ce sera le jour J, quand je vais me réveiller, que je saurais si je vais être bien ou pas dans la journée. Quoiqu’il arrive, je me battrais contre moi-même et toutes les autres !

 

Quelles ont été tes priorités à l’entraînement ces dernières semaines ?

Fin mai - début juin, j’ai fait ma période physique. Je suis contente. Cela a été dur. C’est éprouvant, c’est fatiguant, je me sens lourde. On a beaucoup travaillé le fond. On a chargé.

J’ai eu hâte de travailler l’explosivité, de m’affuter, de me sentir légère. On a travaillé avec des étrangères, cela m’a permis de me jauger. Je sais ce que j’ai à faire et j’ai envie de voir si les choses que j’ai mises en place vont fonctionner. J’ai travaillé pas mal de choses.

 

« Le Judo fait sortir des choses de toi »

 

Quand as-tu commencé à mettre en place ces « nouvelles choses » ?

Je les ai mises en place depuis longtemps. Elles se sont peaufinées puis transformées par rapport à mon Judo, à mes adversaires, à mes attaques… Mais, même s’il y a transformation de la technique au milieu du mouvement, le départ est identique. Donc il ne s’agit pas non plus de tout changer.

 

Aimes-tu t’entraîner ou faut-il te pousser ?

J’aime m’entraîner. Mais je suis comme tout le monde, je n’aime pas trop faire des trucs durs, même si je m’exécute quand je suis obligée. Au niveau du Judo, par contre, j’aime bien la dureté. La compétition, après tout ces entraînements, c’est le plus facile, c’est la récompense. Ce n’est que du bonheur, que du plus. Pour moi, c’est facile.

 

Qu’est-ce qui t’éclate dans le Judo ?

Le Judo fait sortir des choses de toi-même que tu ne connaissais pas. Ce que j’aime aussi dans le Judo, c’est que l’on peut se l’approprier, par rapport à notre caractère par exemple. Il se moule à nous. C’est notre chose et personne ne peut nous le prendre. Personne ne peut le copier, même si certains essaient. Mais ils n’ont pas la même forme de corps et cela moule moins à leur façon d’être. Du coup, c’est génial parce que tu peux t’exprimer de façon différente. Tu peux être quelqu’un de très réservé et, au Judo, te montrer très explosif, dégager quelque chose. Ou, à l’inverse, être très chaleureux dans la vie et renfermé dans ton Judo.

 

« J’ai envie de comprendre et de savoir… »

En dehors du Judo, qu’aimes-tu faire ?

J’aime beaucoup aller au cinéma, rigoler, voir mes amis, me détendre. En parallèle, je fais un BP Judo. Je vais à l’école pour essayer de mieux comprendre mon sport, l’art martial. Le Judo n’est pas que de la bagarre.

J’ai envie de comprendre et de savoir pourquoi je me suis mis dedans, ce qui m’a plu au plus profond de moi. Parfois, on me pose des questions, même des enfants, dont je ne connais pas la réponse. Et pourtant, elles sont tellement logiques et culturelles. Je ne peux pas répondre tellement je suis dans le sport. J’ai envie d’avoir ces connaissances. A la base, c’est aussi une culture qui m’a plu dans le Judo.

 

Qu’as-tu appris depuis que tu as commencé ?

Déjà, des noms japonais que je ne connaissais pas du tout. J’ai aussi appris que le Judo, à la base, n’était pas fait pour la compétition. Il s’agissait de la voie de la souplesse… J’ai appris des techniques que je ne connaissais pas du tout.

Le Judo, c’est harmonieux, c’est beau. Certaines prises sont très, très belles. Apprendre l’histoire du Judo, c’est intéressant. C’est une autre culture. Pourquoi les parents nous mettent au Judo quand on est petit ? Parce qu’il y a de vraies valeurs. On apprend une bonne éducation.

 

 

 

 

 

 

Partager ce contenu

PayPal