Jonathan Horne : « J’adore combattre Erkan. On s’amuse bien »

Publié le : 25/10/2016 11:03:33
Catégories : Actualités , Karate

Jonathan Horne : « J’adore combattre Erkan. On s’amuse bien »

Après 4 années de disette, il a renoué avec la victoire. En mai dernier, Jonathan Horne a remporté son… 5e titre de champion d’Europe, 8 ans après le 1er ! On était alors en 2008, l’année de son 1er championnat du monde, l’unique édition où il est reparti avec une médaille (3e).

Une malédiction ? Non. Il ne maîtrisait pas ses émotions. Il a fait sa petite révolution. Pour sa 5e participation à un mondial, à seulement 27 ans, l’Allemand a travaillé au corps son pire adversaire, l’esprit. A Linz (26-30 octobre), il comptera à nouveau parmi les favoris de la catégorie reine.

 

Par Ludovic Mauchien

 

On s’en pourlèche les babines. On en salive. On en déglutit de joie... Les Championnats du monde approchent. Et ils seront tous là ! Le Turc Erkan, double champion du monde en titre, L’Italien Maniscalco, le flamboyant vétéran, vice-champion d’Europe en mai, l’Azerbaïdjanais Atamov, le guerrier du Caucase, 2e et 3e des Mondiaux 2010 et 2012, le Français Bendiab, 3e des derniers Championnats d’Europe, et… l’Allemand Horne, 5 fois lauréat des Championnats d’Europe, dont ceux de cette année.

Cela nous promet de belles joutes, comme à l’accoutumée, dans cette très relevée catégorie des poids lourds. Les ténors du Karaté s’apprêtent à lâcher les watts. Entre eux, il n’y aura pas violon.

Jonathan Horne le sait. Il en est à son 5e championnat du monde. Le premier, en 2008, il avait fini 3e. Depuis, que chi ! Enfin presque… Il a dominé tous ses adversaires de haute volée aux Championnats d’Europe. 2008, 2010, 2011, 2012 et, désormais, 2016.

Pour vaincre le signe indien et remporter une nouvelle médaille mondiale, il a modifié son approche. Il nous raconte.

 

En mai dernier, tu as remporté les Championnats d’Europe pour la 1ère fois depuis 2012. Est-ce comme une renaissance ? Ce titre a-t-il renforcé ta confiance ?

C’est exactement cela. C’est une renaissance. Et cela m’a évidemment donné encore plus de confiance. Les 3 fois où j’ai gagné entre 2010 et 2012, après mon 1er titre en 2008, je me suis dis : “OK, je suis encore champion d’Europe, je suis encore champion… » Et, puis, j’ai perdu. En 2013, je finis 3e. C’était du style : “Bon, il y a un truc qui ne va pas. Je dois changer quelque chose”. C’est ce que j’ai fait. J’ai travaillé et j’ai gagné à nouveau ce titre en 2016. Cela me donne plus de confiance en vue des Mondiaux.

 

« Erkan, Maniscalco, Atamov… »

 

Qu’as-tu modifié ? 

J’ai un peu changé ma façon de m’entraîner. Je fais désormais plus de Karaté. J’ai aussi modifié mon approche de la vie quotidienne. Je vois les choses de manière plus positives. Désormais, je vis et je ne reste pas seulement concentré sur mon entraînement et mes tournois. Cela signifie que je prends du temps pour sortir avec ma copine, voir mes amis, en somme profiter de la vie. Si vous vous sentez mieux dans votre vie quotidienne, vous vous serez mieux en sport.

 

Si je te dis Maniscalco, qu’est-ce que cela t’inspire ?

(Il rit). Respect. Parce qu’il combat encore et qu’il est toujours très bon (Ndlr : il l’a affronté en finale des derniers Championnats d’Europe). J’espère que je serais comme lui à son âge (38), que mon corps ne m’aura pas trahi et que je serais toujours au top. J’ai beaucoup de respect pour lui.

 

Si je te dis Erkan…

C’est l’un des meilleurs combattants +84 kg. Il est double champion du monde en titre. Et c’est un mec super. J’ai toujours adoré combattre contre lui. C’est vraiment un plaisir. On s’amuse bien. Sur le tatami, on est adversaire. Mais, en dehors, on est de bons copains, comme avec Maniscalco. On parle beaucoup ensemble. On se comprend. Il n’y a aucune adversité entre nous. Tout est harmonieux.

 

Si je te dis Atamov…

C’est un très bon combattant. Il est toujours avec l’équipe d’Azerbaïdjan donc je le connais moins. Il fait son boulot et il le fait très bien.

 

« Le plus dangereux, c’est mon mental »

 

Qui crains-tu le plus ?

Hum… Je dirais moi-même. Le plus dangereux, c’est mon mental. Si je me mets la pression, je ne gagnerais aucun titre. Si je n’ai pas la pression, je peux battre n’importe qui.

 

Il y a 2 ans, les Mondiaux étaient organisés chez toi, en Allemagne et tu es passé à côté du podium. Considères-tu ceux de Linz comme une revanche ?

Non, ce n’est pas une revanche. C’est un nouveau tournoi. C’est une autre année. J’essaie toujours d’être le meilleur possible. Linz, ce sera presque un Mondial à domicile. L’Autriche n’est pas loin et beaucoup d’Allemands vont faire le déplacement. Mais, donc mon esprit, il s’agit d’une autre histoire. A chaque fois, je dois donner le meilleur de moi-même. On verra bien ce que je vais gagner.

 

Penses-tu que tu possèdes ton niveau de Karaté est le meilleur que tu n’aies jamais eu ?

C’est l’un des tout meilleurs. Mon style est resté identique mais je sens mon Karaté de manière différente. Je pense que j’ai atteint un très bon niveau mais je peux encore faire mieux. J’espère que ces pourcentages de mieux, je les aurais acquis pour les Championnats du monde.

 

« Je voulais trop devenir champion du monde »

 

Tu as gagné à 5 reprises les Championnats d’Europe mais tu n’as remporté qu’une seule médaille en 4 Championnats du monde (le bronze en 2008) ? Comment l’expliques-tu ?

Euh… Que me manque-t-il ? Qu’est-ce qui est différent entre les deux ? C’est mon état d’esprit, mon mental. Je pense que je n’ai pas été champion du monde parce que je le voulais trop. Cette année, je me dis : « Si je gagne, tant mieux. Si je perds, tant pis ».

 

Quel était le programme de ta préparation ?

J’ai commencé début juillet par de la condition physique. Je courrais 3 fois par semaine, pour une durée allant de 45 minutes à 1 heure. En parallèle, je faisais de la muscu 4 fois par semaine, à raison de 2 heures par séance.

Fin juillet, j’ai repris le Karaté. Je me suis entraîné 3 fois par semaine la 1ère quinzaine d’août puis, ensuite, tous les jours. En plus, je continuais à faire des footings et de la musculation. Chaque jour, je faisais 1h30 de Karaté, ½ heure de footing et 2h30 de muscu. Cela, jusqu’à fin septembre.

 

« Sentir mes techniques »

 

As-tu effectué des stages avec l’équipe nationale et des compétitions?

Du 29 août au 4 septembre, on a suivi un 1er stage avec l’équipe d’Allemagne. On s’entraînait 2h par jour en Karaté. On travaillait notre technique et on faisait du sparring. En parallèle, on faisait aussi de l’athlétisme : courses, sauts…

En tout, j’ai participé à seulement 2 compétitions (il rigole). La 1ère, c’était l’Open de Croatie, où j’ai gagné en individuel et en équipe. C’était un petit tournoi, pour voir où j’en étais, pour sentir mes techniques…

 

Pour quelles raisons as-tu participé à aussi peu de tournois ?

C’est quelque chose de nouveau. Avant, j’avais l’habitude d’en faire beaucoup. J’ai voulu essayer une nouvelle méthode d’entraînement. Désormais, je participe à des tournois uniquement pour savoir où j’en suis dans ma préparation et pour sentir mes techniques. Sinon, je m’entraîne, je m’entraîne, je m’entraîne.

 

Quel est ton programme pour les 3 semaines d’octobre ?

La 1ère semaine, je m’entraîne chez moi, dans mon club, à raison de 2 fois 1h30 par jour. Ensuite, nous avons notre dernier stage d’une semaine avec l’équipe nationale. Puis je retourne 3 jours chez moi, où je vais m’entraîner quotidiennement, avant de partir pour Linz.

 

« Suit ton chemin et n’abandonne jamais »

 

Tu dois être heureux que le Karaté soit présent aux JO 2020 ?

C’est extraordinaire ! C’est une super nouvelle pour tous les Karatékas, pour tous les athlètes. C’était un énorme rêve pour nous. Avec de la chance, je me qualifierais pour les Jeux Olympiques. J’aurais 31 ans. C’est un bon âge pour participer aux Jeux and, je l’espère, remporter la médaille d’or (il rit).

 

4 ans, c’est long…

J’écouterai mon corps. C’est lui qui décidera. Je vais tout faire pour rester en forme. Je vais prendre du temps pour me reposer. Comme en Boxe, je préparerais seulement les tournois majeurs puis je me reposerai à nouveau, etc.

Je ne ferai plus comme je faisais jusqu’à maintenant. Je privilégierai les tournois de qualification olympique. Je me préparerai spécialement.

 

Quels sont tes hobbies en dehors du Karaté ?

Aller au cinéma, jouer au basket, jouer aux cartes ou au Monopoly avec mes amis… Passer beaucoup de temps avec mes copains, profiter.

 

Quel serait ton conseil à un jeune qui rêve de devenir champion ?

Reste concentré, n’écoute pas les autres, suit ton propre chemin et n’abandonne jamais.

 

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