Or Sasson : « Contre Teddy, j’ai changé ma tactique »

Publié le : 29/05/2017 14:47:19
Catégories : Actualités , judo

Or Sasson : « Contre Teddy, j’ai changé ma tactique »

A Rio, il a fait trembler le roi Teddy dans un bras de fer puissant. C’était la ½ finale. Mais il a fini par céder, sur un Waza-ari encaissé à l’ultime seconde. L’Israélien Or Sasson (+100 kg) est reparti du Brésil avec une belle médaille de bronze olympique, qui fait suite à ses deux médailles d’argent européennes (2015 et 2016). Il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin…

 

Par Ludovic Mauchien

 

12 août 2016. ½ finale des Jeux Olympiques. Il reste une poignée de secondes. Dans un bras de fer intense, Or Sasson tient tête à Teddy Riner. Mieux, il mène suite à une pénalité infligée au Français. Il va réaliser l’impensable, l’incroyable… Dominer le champion en titre, invaincu depuis 2010 ! Mais l’Israélien ne réalisera pas cet exploit. Sur le gong, Teddy Riner attaque et marque un Waza-Ari.

Or Sasson n’offrira pas au Judo israélien sa 2e finale olympique, après celle de Yaei Arad en 1992. Mais, en dominant le Cubain Garcia Mendoza pour le gain du bronze, il va lui offrir sa 5e médaille olympique (bronze pour Smajda en 1992, Zeevi en 2004 et Gerbi en 2016).

A 25 ans (il a eu 26 ans 6 jours plus tard, le 18 août), Or Sasson entre dans l’histoire de son pays. Vice-champion d’Europe en 2015 et en 2016, 2e au Grand Slam de Paris en 2016, le poids lourds israélien, il est en route vers la gloire.

 

Quel est ton meilleur souvenir de Rio ?

Mon plus beau souvenir est mon combat pour la médaille de bronze. J’étais vraiment très excité après le combat (contre le Cubain Garcia Mendoza). J’étais très fier de moi.

Je me souviens, qu’une fois le combat terminé, je suis allé vers le public et tout le monde m’a embrassé. C’était comme dans un rêve. J’étais trop heureux, plein d’énergie.

 

« J’ai failli le faire tomber, mais faillir n’est pas suffisant »

 

Tu as donné du fil à retordre à Teddy Riner en ½ finale. Avais-tu préparé quelque chose de particulier pour l’affronter ?

Teddy Riner est, pour moi, une légende. C’est l’un des tout meilleurs Judokas de toute l’histoire. Je me suis beaucoup préparé pour ce combat. J’ai changé ma tactique, surtout parce qu’il est droitier.

Quand il saisit ma manche, je sais que ce n’est pas bon pour moi… J’ai donc essayé de rester en garde à gauche pendant le combat et d’attaquer à genou. J’ai failli le faire tomber, mais faillir n’est pas suffisant.

 

Comment peut-on battre Teddy Riner ?

Selon moi, je pense qu’il faut que je sois plus puissant, que je m’entraîne encore plus fort et que je trouve la bonne… que je trouve le secret. Tout le monde a une faiblesse, un secteur dans lequel il est moins bon. Je trouverai peut-être celui de Teddy.

 

A Rio, Teddy Riner a déclaré : « il va falloir compter sur lui à l’avenir ». Que cela t’inspire-t-il ?

En premier lieu, quand Teddy déclare ce genre de choses, cela me rend heureux car cela signifie qu’il me respecte. Et je pense que c’est la chose la plus importante en sport, le respect mutuel. Je le respecte aussi. Mais je dois m’améliorer.

 

« En refusant de me serrer la main, il a bafoué les valeurs du Judo »

 

Mis à part Teddy, qui considères-tu comme tes principaux adversaires ?

Il y a beaucoup de combattants durs au mal dans notre catégorie (+100 kg). Par exemple, le nouveau Géorgien, Guram (Tushishvili). Il est très puissant et il fait les mêmes techniques que moi. Un grand défi m’attend.

Le champion olympique des -100 kg, le Tchèque Krpalek, est aussi un très bon combattant. Il y a également le Japonais Harasawa et, bien sûr, Teddy.

 

Aujourd’hui, quelle réflexion t’amène la réaction d’El Shehaby à Rio (l’Egyptien a refusé de lui serrer la main) ?

En refusant de me serrer la main, il a bafoué les valeurs du Judo et les valeurs de l’Olympisme. Ce n’est pas quelque chose de correct. Cela n’aurait jamais dû se produire.

Mais, pour moi, en tant que sportif professionnel, je ne pensais qu’à mon prochain combat. J’espère que les combattants musulmans ne le referont plus dans le futur.

 

« J’ai toujours voulu ressembler à Mark Huizinga »

M. Netanyahu a déclaré à ton propos :« il a montré le vrai visage d’Israël. Chaque petite fille, chaque petit garçon n’a pas seulement vu un champion, mais un homme bon ». Tu dois être fier…

Entendre cela de la part de M. Netanyahu est un compliment qui me touche beaucoup. Ce qui s’est passé avec le combattant égyptien aux JO a fait beaucoup de bruit.

 

En tant qu’athlète israélien, penses-tu que tu dois être plus qu’un simple sportif, et aussi un « citoyen », un « modèle » ? 

C’est certain. Israël est regardé de manière partiale. Vous savez… l’histoire, les guerres… Donc, quand je combats pour mon pays, je ressens beaucoup de responsabilités. Israël est un petit pays.

En combattant l’Egyptien, je savais que je ne devais pas perdre. Il fallait que je gagne, sinon ils m’auraient étripé (il éclate de rire).

 

Quel est ton spécial ? 

Mon spécial est une projection à genou, Morote-Seoi-Nage. J’aime la tenter parfois à droite, parfois à gauche, Sode-Ippon-Seoi-Nage, surtout à genou.

 

Quels sont tes modèles, tes champions préférés, tes références ?

J’apprécie énormément de champions. J’aime particulièrement le Néerlandais Mark Huizinga. Pour moi, c’est une légende. J’aime sa technique. Il savait tout faire, debout comme à genou.

J’ai grandi en le voyant gagner les Jeux Olympiques (en 2000). Il m’a vraiment inspiré. J’ai toujours voulu lui ressembler.

 

« Je m’entraîne 12 fois par semaine »

 

Penses-tu déjà aux JO de 2020 à Tokyo ?

Bien sûr ! Après les Jeux Olympiques de Rio, j’ai fait un break de 3 à 4 mois. Ensuite, j’ai commencé à me projeter vers Tokyo.

Rapporter une nouvelle médaille à Israël est, pour moi, un immense défi et un grand rêve. Un seul de nos athlètes est parvenu à gagner 2 médailles olympiques, en surf. Si je parviens à être le 1er à le faire en Judo, ce serait extraordinaire.

 

Quel est ton programme d’entraînement hebdomadaire ?

Normalement, je m’entraîne 12 fois par semaine, à raison de 2 séances par jour, le samedi excepté. C’est un jour de repos en Israël. Il s’agit aussi bien de musculation, de course, de randoris ou du travail technique. Cela varie selon le programme de l’équipe nationale.

Je m’entraîne au Wingate Institute, qui le centre d’entraînement des sports olympiques, du football au basketball.

 

Qu’apprécies-tu faire en dehors du Judo ?

A l’heure actuelle, je suis étudiant en 1ère année de psychologie. J’aime donner des conférences, parler en public et essayer d’inspirer les gens.

J’aime jouer au basket, aller à la plage, lire des livres. J’aime vivre, tout simplement.

 

« Je crois que tout part de l’imagination »

 

T’intéresses-tu à d’autres sports ?

Celui que je préfère est le… Judo. Mais j’aime aussi suivre la Ligue des Champions de foot. J’aime aussi beaucoup le Basket. Mon équipe favorite est l’Hapoël Jerusalem. Je vais très souvent les voir jouer. Je suis un grand fan.

 

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un adolescent qui rêve de devenir un champion ?

Ce que j’aurais envie de lui dire est d’avant tout être patient. Cela ne sert à rien de se presser. Il doit en rêver, y penser chaque nuit, chaque jour. Il doit sentir que c’est sur le point d’arriver. Je crois que tout part de l’imagination.

Ensuite, il devra travailler dur, très dur, car remporter une médaille aux Jeux Olympiques survient après un long chemin. Vous perdez souvent. Vous êtes parfois blessé. Il faut donc tout le temps être solide et motivé. Il faut aussi être quelqu’un de bien. Les bonnes choses ne surviennent qu’aux gens bien.

Partager ce contenu

PayPal