Karaté : le DTN dresse son bilan de l’Euro et les perspectives des Français

Publié le : 10/05/2017 14:17:54
Catégories : Actualités , Karate

Karaté : le DTN dresse son bilan de l’Euro et les perspectives des Français

Dominique Charré, c’est le directeur technique national des Championnats du monde 2012, ceux de tous les records (13 médailles dont 7 en or). Parti sous d’autres cieux en 2013, il est revenu à ses premiers amours le 14 mars dernier.

A Kocaeli, aux 52e Championnats d’Europe qui ont vu la France terminer 5e nation avec une seule médaille d’or (Anne-Laure Florentin), il se positionnait surtout en observateur.

Fidèle à sa philosophie, sans concession et avec raison, le DTN de la FFKaraté livre son analyse dénuée de toute langue de bois. Avec lui, pas question de tourner en rond, le discours est carré.

 

Par notre envoyé spécial à Kocaeli (Turquie), Ludovic Mauchien

 

Après 4 années passées au Ministère des Sports comme directeur adjoint, Dominique Charré a été nommé le 14 mars dernier directeur technique national (DTN) de la Fédération française (FFKDA), un poste qu’il a occupé avec succès pendant 7 années (2006-2013). A l’aube de l’ère olympique, les challenges et les défis sont nombreux pour ce 3e Dan formé au KC Châteauroux par Alain Auclert.

La 52e édition des Championnats d’Europe (4-7 mai à Kocaeli, Turquie) lui a surtout servi de base de réflexion pour analyser les axes de travail à développer. Avec la 5e place de la France, son plus mauvais classement depuis 2014, ainsi que l’absence de médailles masculines en individuel (une première) et de titres en Kata, les postulats sont source d’interrogations pour Dominique Charré.

 

« Les Français sont en demi-teinte un peu partout »

 

Mais, si le bilan français n’est pas resplendissant, il n’apparaît pas pour autant inquiétant. L’important, c’est d’être présent dans un an. Dans cette saison de transition, les résultats bruts sont à tempérer, même si la France se doit de tenir un haut rang.

 

Qu’avez-vous pensé de ces Championnats d’Europe de manière générale ?

Cela faisait 4 ans que je n’avais pas assisté à un championnat international. J’ai vu, me semble-t-il, un championnat qui n’était pas d’un niveau très élevé. Etant donné qu’il n’y a pas de championnats du monde cette saison, c’est peut-être une année creuse. Toutes les équipes n’étaient pas complètement affutées.

 

Quel regard portez-vous sur cette 5e place de la France ?

Les Français sont en demi-teinte un peu partout. Mais, les filles, quand elles sont en demi-teinte, elles ont un titre, 3 places en finale plus une en Kata.

Les garçons, quand ils sont en demi-teinte, la moitié d’entre eux n’est pas classée, n’apparaît pas dans les 8 premiers.

Le niveau français est donc très différent entre les filles et les garçons. On le sait, c’est là-dessus qu’il va falloir travailler pour les prochaines années.

 

« Ce n’est pas dramatique. Nous avons quand même 8 médailles »

 

Regardez-vous les résultats des combattants tricolores (aucune médaille en individuel, une 2e place en équipe) comme une mauvaise surprise ?

Par forcément, étant donné que je ne les ai pas vus « tirer » depuis très longtemps, mais je suivais leurs résultats. Ils ont fait une grosse saison l’année dernière, sur une lancée de ce qu’il y avait avant. Et, à un moment donné, il faut bien que ça s’arrête.

C’est bien pour moi. J’arrive à un moment où ils ont besoin d’un certain renouveau, d’une certaine fraîcheur. Nous allons essayer de développer un projet avec l’entrée du Karaté aux Jeux Olympiques. Tout cela va être dans le même calendrier, ce n’est pas mal.

Je ne suis pas content que les garçons n’aient pas fait de résultats. Je veux dire que cela n’est pas dramatique non plus.

 

Vous ne semblez pas trop atteint par cette 5e place, alors que la France, en 2016, était 1ère nation européenne et 2e mondiale ? 

Nous avons quand même 8 médailles. Si j’excepte les Turcs qui sont chez eux (14 médailles dont 6 en or), c’est exactement le même nombre que les Italiens qui terminent 2e derrière la Turquie.

La différence, c’est qu’ils gagnent plus de finales qu’ils n’en perdent, alors que nous, nous en perdons plus que nous en gagnons.

 

« Comme une aire de départ d’un marathon… On n’a pas été bon pour se placer »

 

Quelle importance accordez-vous à ce Championnat d’Europe post Mondial et, surtout, pré qualifications olympiques ?

Je crois que l’on a loupé quelque chose. Ce Championnat d’Europe était comme une aire de départ avant un marathon. Il faut que les gens se placent, se positionnent sur la ligne de départ, pour bien partir, pour faire une perf’. Aujourd’hui, on doit marquer les esprits avant le démarrage du ranking pour les Jeux Olympiques, qui va commencer à se mettre en route au 1er janvier 2018.

C’était la dernière grande compétition internationale et on n’a pas été bon pour se placer. Cela ne signifie pas que l’on partira avec des points de retard, mais cela veut dire que, dans l’esprit des autres, aujourd’hui, on peut prendre des points à un Français en finale.

 

Aucune médaille individuelle chez les hommes, c’est quand même assez rare... (Ndlr : en fait, cela ne s’est jamais produit dans l’histoire).

Les garçons… C’est pauvre. J’en ai vus qui n’ont pas progressé depuis 4 ans ! Ça me surprend ! Cela veut dire : soit ils n’ont pas acquis la progression technique et sportive, soit ce sont les entraîneurs qui ne leur ont pas donnée et, donc, il y a une mauvaise dynamique, soit ils n’ont pas fait l’effort personnel pour accrocher ce que leur proposaient les entraîneurs, soit c’est un peu des deux. Je n’en sais encore rien.

Mais, en tout cas, j’ai constaté que des garçons n’avaient pas progressé. Ç’est vraiment très embêtant. Après 4 ans d’absence, on revient, on a les mêmes avec les défauts qu’ils n’avaient plus quand on est allé à l’aventure parisienne en 2012. C’est incompréhensible.

 

« Des garçons n’ont pas progressé en 4 ans. Ç’est très embêtant »

 

Votre regard sur les filles doit être moins critique… 

Elles sont mieux placées. Elles sont très présentes, elles sont denses. Concernant nos finales, pour la 1ère, il y a une erreur flagrante, avec une attitude qui me surprend, d’une championne comme Lucie Ignace (-61 kg), qui me montre à quel point elle n’est pas prête, puisqu’à 4 secondes de la fin, elle flanche complètement. Elle n’a plus l’attitude d’une combattante et ce n’est pas étonnant qu’elle se prenne une grande baffe, un grand Mawashi geri dans la tête.

Dans notre 2e finale perdue, celle d’Alizée Agier (-68 kg), c’est un autre vrai sujet. La vidéo nous montre à l’évidence que les 2 points attribués à l’Autrichienne auraient dû être attribués à la Française (Ndlr : en simultané, Alizée Agier touche au corps avec un Yoko tandis que Buchinger touche frappe avec un Mawashi dans la cuisse, le score passe de 1-1 à 1-3). C’est sans discussion possible. C’est la vidéo qui nous le dit. Beaucoup de gens se sont demandés si les arbitres n’avaient pas inversé la couleur. C’est juste totalement très incompréhensible !

 

Le Kata a aussi oscillé entre satisfactions et déceptions (argent en équipe féminine, bronze pour Sandy Scordo et l’équipe masculine)…

J’ai trouvé que le Bunkaï de notre équipe filles était très intéressant et même beaucoup mieux que les deux Bunkaï que j’ai vus en finale. Et je dis la même chose pour les garçons. Cela ne veut pas dire que leur place n’est pas imméritée.

Cela signifie que notre travail du Bunkaï est très bon et qu’il nous faut améliorer le passage en Kata simple pour franchir les tours.

 

« Il faut ramener de la stabilité dans l’équipe »

 

Que trouvez-vous de changé après vos 4 années d’absence ?

Je prends mon poste (Ndlr : il a été nommé le 14 mars), je suis un peu en observation. Ce que je trouve… Je n’ai pas retrouvé l’énergie qu’il y avait il y a quelques années, dans le team en général, à partir du DTN que je suis, jusqu’au remplaçant en équipe.

Mais, justement, j’ai bien aimé l’attitude des remplaçants qui m’ont montré un peu de travail sur le tapis. Ç’est très important de travailler sur le tapis, même quand on ne gagne pas ! On est là pour combattre, pour faire du Karaté, on n’est pas là que pour marquer un point.

J’ai vu des champions ne pas faire du Karaté ! J’ai vu des champions essayer le coup unique qui va leur donner un point. C’est très pauvre comme travail ! Il va falloir en reparler, insister sur le discours : « On est des champions DE Karaté ».

 

Qu’entendez-vous par là ?

A un moment donné, pour marquer un point, il faut travailler, il faut faire du Karaté. Il faut avoir une proposition technique qui soit assez dense, assez ouverte. J’ai vu beaucoup de pauvreté dans certains combats des Français. Cela m’embête beaucoup. Il n’y avait pas beaucoup de propositions de travail. On n’était pas riche en termes de dynamique technique.

Mais il faut dire aussi, qu’au niveau de l’encadrement, ils ont quand même été bousculés. Je suis parti il y a 4 ans. Entre-temps, il y a eu 2 DTN, un directeur des équipes de France, puis un 2e et aujourd’hui, il y a un manager des équipes de France. Désormais, il faut ramener un peu de stabilité dans l’équipe pour partir sur le projet olympique.

 

« Comment peut-on dynamiser le projet olympique ?… »

 

Que change, dans votre regard de DTN, le fait que le Karaté soit devenu olympique ?

Deux choses vont très nettement changer. La première, c’est la méthode de qualification de la Fédération internationale, qui fait que le ranking permet aux athlètes de se qualifier individuellement, sans choix de la fédération nationale.

Nous, nous aurons des choix sur les sélections aux Championnats d’Europe et aux championnats du monde. Sur le reste, nous en aurons peu. Les athlètes marqueront leurs points individuellement.

Et, ce qui faisait la force de notre équipe, je crois, c’est la force collective du groupe que l’on avait réussi à créer. Petit à petit, les mois passant et avançant vers les Jeux, on va de plus en plus se retrouver avec des « athlètes individus » qui, pour chacun d’entre eux, vont calculer leur place, et même les uns par rapport aux autres au sein de l’équipe de France.

Cela sera plus dur pour nouer des liens, pour faire la force collective dont je parlais.

 

Et la deuxième chose ?

La 2e chose qui nous intéresse, parce que nous en sommes responsable, c’est de savoir comment peut-on dynamiser le projet olympique. Pour l’instant, notre perspective, c’est d’abord de rassembler les meilleurs dans un seul pôle, et ce pôle, ce serait l’INSEP. C’est quand même le creuset du sport olympique en France, notamment pour les sports de combat, puisque tous les médaillés olympiques sortent de l’INSEP.

 

« Intégrer l’INSEP dès cette année »

 

L’équipe de France de Karaté est donc appelée à revenir à l’INSEP très rapidement ? 

Le directeur général (Ghani Yalouz) nous a reçus avec Yann Baillon (manager de l’équipe de France), sa directrice générale adjointe et son directeur de la performance également. Nous allons être suivis par toutes les institutions du sport de haut niveau en France, dont c’est le métier de travailler sur les Jeux Olympiques, parce que nous sommes aux Jeux. Et ils nous voient comme une fédération porteuse de médailles.

Je ne serai pas surpris que l’on puisse intégrer l’INSEP dès cette année. Mais cela aura un coût très important que la Fédération va devoir assumer. La Fédération, ce sont les élus, les autres karatékas qui ne sont pas de haut niveau.

Si la Fédération, les élus et le président décident d’aider le projet olympique à l’INSEP en considérant que c’est un investissement, il va falloir que les sportifs se mettent à la hauteur de celui-ci.

 

 

Les médailles françaises

Or : Anne-Laure Florentin (+68 kg).

Argent : Kumite par équipe hommes, Lucie Ignace (-61 kg), Alizée Agier (-68 kg), Kata par équipe femmes.

Bronze : Kata par équipe hommes, Kumite par équipe femmes, Sandy Scordo (Kata).

 

Classement des nations

1. Turquie (4 or, 4 argent, 5 bronze)

2. Italie (3, 3, 2)

3. Espagne (3, 0, 1)

4. Ukraine (2, 1, 3)

5. France (1, 4, 3)

6. Serbie (1, 1, 2)

7. Autriche (1, 0, 1)

8. Lettonie (1, 0, 0)

9. Russie (0, 1, 3)

10. Macédoine (0, 1, 1)

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