JUDO - Stéphane Auduc : « Seul, je ne fais rien. Ensemble, on renverse tout ! »

Publié le : 12/06/2018 15:43:49
Catégories : Actualités , judo

JUDO - Stéphane Auduc : « Seul, je ne fais rien. Ensemble, on renverse tout ! »

Et clac ! Camembert pour les grosses écuries. Sucy-en-Brie les a croqués à Avaricum, désormais connu sous le nom de Bourges. Dans la capitale du Berry, le petit a mangé les gros. Comme en 2015, l’équipe entraînée par Stéphane Auduc s’est emparée du titre de champion de France à la barbe des favoris.

Le samedi 9 juin, la vie n’a pas été facile pour les garnisons de champions. Ils ont eu à faire à un camp retranché. Le FLAM 91, Ste-Geneviève, l’ES Blanc-Mesnil… tous à la marmite. Point de potion magique pour autant… « Le haut niveau, c’est tout sauf de la chance », rappelle l’entraîneur de Sucy Judo. Justement, on se posait la question : comment devient-on champion de France ?...

 

Par Ludovic Mauchien

Rien ne remplacera jamais un tournoi par équipe ! L’excitation qu’il produit, l’émulation qu’il génère, la dévotion qu’il engendre, l’émotion qu’il multiplie. Le cru 2018 des Championnats de France FFJDA en sera à coup sûr l’un de ses illustres exemples. Sucy Judo l’a fait ! Trois ans après son premier titre, l’équipe coachée par Stéphane Auduc depuis 2002 a refait des siennes.

Comment Sucy-en-Brie est devenu champion de France pour la 2e fois en trois ans ? Comment un outsider peut se payer les trois favoris, le FLAM 91, Ste-Geneviève, le double tenant du titre, et l’ES Blanc-Mesnil ? De quelle manière la victoire se façonne ? Quel est ce fameux détail, ou opportunisme, qui fait la différence ? Vu et vécu par un entraîneur porté en triomphe par ses troupes lors du sacre…

Ce titre est-il plus fort que le premier ?

Le premier reste le premier. C’est toujours spécial… Cela a été une joie, une surprise… C’était un cumul de toutes les sensations. Celui-là, c’est l’aboutissement d’un travail de fond avec une manière de valider une méthode. En 2015, des gens m’avaient dit que l’on avait eu de la chance. Cela m’avait touché et un peu froissé parce que le haut niveau, c’est tout sauf de la chance. Ce deuxième titre permet de valider un état d’esprit, une méthode. Je suis très, très fier de cela.

« Cette envie commune d’être les plus forts possible… »

Quelle est cette méthode ?

Je ne m’approprie pas la méthode. C’est celle du club, ce n’est pas la mienne. J’en suis le relais mais c’est un tout. On a des gens autour de nous, des dirigeants, un directeur technique, Philippe Boucard, qui me fait confiance même si l’on s’accroche un peu parfois. Il y a aussi Fred Stiegelmann, l’entraîneur-adjoint, qui fait un gros boulot de fond.

En fait, c’est une méthode générale, globale, avec des entités qui viennent se rajouter. On se régale ! C’est un tout. Seul, je ne fais rien du tout. Je suis incapable de faire ce que l’on a fait. Par contre, ensemble, on renverse tout ! On est inarrêtable (il rit) !

Quels ont été les temps forts de cette compétition pour toi ?

Cela a été un temps fort de la première à la dernière minute. En fait, le véritable point d’orgue s’est produit le mardi précédent. Jusque-là, il manquait quelque chose. Les gars n’étaient pas dedans. Ca ne répondait pas. Et une situation qui a fait réagir tout le monde s’est présentée.

Abderrhamane Diao, notre n°2 en -90 kg, est en période de Ramadan. Avant l’entraînement, il était à 83-84 kg. Je lui ai proposé de tenter un coup de poker : descendre en -81 kg. En fin d’entraînement, il était à 81,7 kg. Je lui dis : « C’est pour toi ! ». Il me dit : « allez, feu ! ».

Du coup, on a décalé quasiment toutes les catégories. Et, à partir de là, il y a eu une prise de conscience. Tout le monde y a cru, avec cette équipe-là, dans cet ordre-là. Dès le lendemain, j’ai senti que tous accrochaient et cela s’est vu sur le tapis. Tous étaient dans la même dynamique, avec cette envie commune d’être les plus forts possible. Après, tour après tour, tu t’aperçois que tout va dans ton sens. Tu sens que c’est faisable. Je n’osais même pas y croire.

« Je n’ai jamais ressenti ça, cette fluidité… »

Quelle est la sensation de « sentir que c’est faisable » ?

Quand tu commences à sortir un épouvantail comme le FLAM 91, l’équipe de Steph’ Nomis avec Iddir, Khyar, Le Blouch… Tu te dis… On gagne 3-2. C’était à couteaux tirés ! Cela se joue sur la dernière rencontre. Mathias Boucher bat Walide Khyar sur un magnifique Waza ari. Il a juste été énormissime. Et Arthur Clerget ! Il s’est fait opérer il y a quelques mois. Il a une hanche en titane et il bat Le Blouch !...Tout s’est déroulé merveilleusement bien.

Puis, en ½ finale, on met 3-0 aux tenants du titre ! Joseph Terhec bat Olivar, sa bête noire. Tu sens que c’est impossible de te sortir ! Les mecs sont galvanisés, surmotivés, le public était avec nous… Je n’ai jamais ressenti ça, cette fluidité…

En finale, il reste l’ogre ESBM (Etoile Sportive du Blanc-Mesnil). C’est le modèle au-dessus. C’est quasiment l’équipe de France avec Maret, Duprat, Allardon, Mariac… Mathias gagne le combat sur pénalité contre Mariac. Mickaël Dubois, 5e aux championnats de France, réussit à battre Duprat.

Puis Abdé Diao, notre joker du jour, prend les choses en main. On l’a préféré à Mehdi Tobrouki sur ce coup-là et c’est lui qui nous fait passer ! Il bat Allardon de manière incroyable : waza ari, waza ari ! Et il le contre sur une action extraordinaire à la fin ! C’est déjà lui qui nous fait passer en ½ finale puisqu’il bat Khalatian pour le 3-0. Incroyable ! Un conte de fées !

Quelle image retiendriez-vous de ces Championnats de France ?

(…) Une image… C’est l’engagement d’un mec comme Axel Clerget. Il fait partie de l’équipe de France. Il est incontestablement le meilleur -90 kg actuellement. Et il s’est mis au service de son équipe. Dans les trois matchs qu’il fait, il est juste intouchable, mémorable ! C’était un bulldozer ! Du coup, il donne une impulsion monstrueuse à tout le reste de l’équipe.

Et le lendemain dimanche, il partait en stage en Croatie avec l’équipe de France. Ces garçons ont fait les sélections « Europe », des stages de préparation, puis, après les déboires de l’équipe de France masculine aux « Europe », ils ont eu des stages physiques très durs. Malgré tout cela, il s’est mobilisé et il a donné pour son club. C’est juste extraordinaire ! C’est l’amalgame de tous ces petits détails qui fait que l’on est champions de France 2018 et 2015.

Les champions de France

-66 kg

Mathias Boucher, champion de France 2015

Luka Mkheidze, vainqueur de l’Open continental de Madrid 2018 en -60 kg

-73 kg

Mickaël Dubois, 5e des championnats de France 2018

Arthur Clerget, champion de France 2015

-81 kg

Mehdi Tobrouki, multimédaillé aux Championnats de France

Abderrhamane Diao, 5e des Championnats de France en -90 kg.

-90 kg

Axel Clerget, leader de sa catégorie en France

Nicolas Homo, vice-champion de France Juniors en 2016

+90 kg

Joseph Terhec, champion de France 2015 et 2016

Hervé Fichot, double finaliste de la Coupe d’Europe des clubs

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