Jean-Claude Senaud : « Elles favorisent les attaquants »

Jean-Claude Senaud : « Elles favorisent les attaquants »

Publié le : 15/12/2016 15:09:38 Catégories : Actualités , judo

Le directeur technique national du Judo français livre son regard sur les nouvelles règles qui viennent d’être édictées par la Fédération internationale (FIJ) pour la période 2017-2020. Une évolution que Jean-Claude Senaud, 7e Dan, estime positive en de nombreux points.

 

Par Ludovic Mauchien

 

Suppression du Yuko, diminution du nombre de Shido, rétrospection sur les saisies aux jambes, résurrection du Kumikata, modification de la durée du combat pour les hommes… La fédération internationale de Judo (FIJ) a fait a petite révolution post-olympique comme en 2012 après les JO de Londres.

Pour apporter « plus de clarté et un plus grand dynamisme » au Judo, de nouvelles règles ont été élaborées suite aux informations et aux constatations émises sur les compétitions depuis 4 ans. Ces propositions entreront en vigueur dès janvier 2017 et seront testées jusqu’aux Championnats du monde fin août.

Jean-Claude Senaud, le Directeur technique national de la Fédération française de Judo (FFJDA), revient sur les principaux changements.

 

La FIJ a décidé de diminuer le nombre de pénalités avant une éventuelle disqualification (3 Shido au lieu de 4). Est-ce la bonne mesure ? 4 Shido, c’était trop ? 

Non, 4 Shido, ce n’était pas trop. Mais, avec ses nouvelles règles, le temps diminue vu que les combats masculins passent de 5 à 4 minutes. 3 Shido avec 1 minute de temps de combat en moins, je pense que c’est la bonne mesure. 4 Shido, cela aurait été un peu long. Déjà que, parfois, le 4e était dur à tomber. Si l’on veut inciter les gens à attaquer, je crois que c’est une bonne chose.

 

« Le Kumikata, c’était un peu pénible… »

 

Comment appréciez-vous la diminution de la durée du combat chez les hommes ?

Personnellement, je ne sais pas si cette minute de moins est une bonne chose. J’aurais préféré que garçons et filles fassent 5 minutes. Ils ont voulu que ce soit identique pour les filles et les garçons, car l’enjeu est d’aller aux Jeux Olympiques. Et le CIO veut qu’il y ait égalité de traitement entre les garçons et les filles. Ils auraient pu remonter les deux à 5 minutes. Tous les pays ont décidé de descendre à 4 minutes pour avoir plus de rythme.

 

Les règles pour le Kumikata sont largement simplifiées. Est-ce une libération ?

C’est une très bonne chose. Il faut arrêter ce que l’on voyait, lorsqu’on tordait le Kimono, le « pistol grip », toutes ces choses-là… C’est à l’adversaire de se débrouiller ! Qu’il y ait un doigt à l’extérieur ou à l’intérieur, qu’on sert le Kimono en bout de manche ou pas… Le principal, c’est de s’attraper !

En plus, les arbitres ne faisaient qu’observer afin de voir la petite faute pour sanctionner. Ils n’étaient plus dans une logique d’accompagnement, de gestion du combat, de faire du Bushido. Ils étaient dans une logique de repérer la faute. C’était un peu pénible.

Et, surtout, le spectateur lambda ne comprend pas. Il ne voit pas si le Judoka a deux doigts à l’intérieur de la manche ou non ! C’est comme moi quand je regarde de l’escrime. Je ne comprends pas la petite subtilité. Je vois quand la lame touche, point. Pour le Kumikata, c’est pareil.

 

« La saisie aux jambes : un vrai retour en arrière »

 

Par contre, la saisie aux jambes n’est pas de nouveau autorisée…

Si. Il y a un vrai retour en arrière et c’est une bonne chose. Désormais, la 1ère fois que l’on touchera la jambe, il n’y aura que Shido. Ce ne sera sanctionné par Hansoku Make (disqualification) que la 2e fois.

Les Français ont fait une nouvelle fois jurisprudence avec Priscilla Gneto. On l’avait fait une 1ère fois aux Championnats du monde à Rio (2013) où Priscilla s’était fait étrangler avec un mouvement qui n’existait pas. On n’a pas droit d’étrangler avec son propre Kimono, sinon c’est une pendaison. Cela n’avait jamais existé avant. Cela n’a pas pu exister après.

Cette année, à Rio, c’était pareil. Priscilla a repoussé la jambe de son adversaire et elle a pris Hansoku Make. Cela ne se reproduira plus. Avec les nouvelles règles, elle sera sanctionnée d’un Shido.

 

La suppression du Yuko est-elle une bonne évolution pour la compréhension ?

Le Waza ari vaudra Yuko. Certains voulaient garder Yuko et Ippon. Mais, Waza ari, en japonais, signifie « commencement d’une action ». Désormais, quand un athlète marquera un Yuko, les arbitres annonceront Waza ari, « commencement d’une action ». Il faudra une 2e action pour arriver à l’action finale qu’est le Ippon.

 

« Ces règles me conviennent bien »

 

Globalement, ces nouvelles règles vous plaisent-elles ?

 

Elles me conviennent bien. Elles favorisent les attaquants. Je trouve que ces changements vont dans le bon sens. Avant, quelqu’un pouvait gagner par pénalité pendant le 1er temps de combat. C’est-à-dire que celui qui avait marqué pouvait être pénalisé par rapport à celui qui défendait.

 

Est-ce une évolution ou une révolution ?

 

Non, ce n’est pas une révolution, c’est une évolution normale. Des choses ont été repérées pendant toute une Olympiade. Les élus, les arbitres… Tout le monde a vu qu’il y avait des points à changer. Des ajustements ont été faits.

La grande révolution s’est faite quand le Judoka n’a plus eu le droit d’attraper les jambes, car il y a eu une annulation complète de techniques, un changement de Judo, afin de remettre les Judokas dans une position droite. On a alors considéré qu’avec une position penchée, on allait plus vers une Lutte. C’était une révolution car on changeait la nomenclature du Judo.

Mais, cette année, c’est une évolution. On s’est aperçu que mettre Hansoku Make parce qu’on avait malencontreusement touché le pantalon, c’était un peu stupide. On a fait des suggestions par écrit, comme beaucoup de fédérations. Certaines de nos remarques ont été prises en compte, notamment au niveau de la prise de Kimono à la jambe.

 

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