Gwladys Epangue : « Je n’ai aucun regret »

Gwladys Epangue : « Je n’ai aucun regret »

Publié le : 08/12/2016 16:44:26 Catégories : Actualités , taekwondo

Elle était la dernière Samouraï, l’unique à avoir été formée au siècle dernier. Auréolée de ses résurrections successives, on avait même fini par croire qu’elle était éternelle.

Après 17 années d’heurs et malheurs, 2 titres mondiaux, une 3e place aux JO, 7 médailles européennes, dont 3 en or, Gwladys Epangue est passée de l’autre côté du miroir. Elle reflète ses pensées et son histoire…

 

Par Ludovic Mauchien

 

Cette semaine, Gwladys Epangue est à Bakou, où elle a si souvent combattu et vaincu. Elle participe au Grand-Prix final 2016 et à la Coupe du monde par équipe, les deux grands événements de cette fin d’année (voir encadré ci-dessous). Si, si ! Mais cette fois-ci, fi du Dobok. Depuis le 29 novembre, plus rien n’est comme avant.

C’était acté. C’est officiel. 17 ans après sa 1ère sélection internationale, après 2 sacres mondiaux, 3 JO ponctués par une médaille de bronze, 2 tournois mondiaux de qualification olympique épinglés (2008 et 2012) et 7 médailles européennes, dont 3 en or, Gwladys Epangue tire sa révérence à 33 ans.

Comme un symbole, c’est dans la ville où elle a remporté sa dernière grande victoire internationale (les Jeux Européens en 2015), qu’elle va étrenner ses habits de chargée de communication des équipes de France.

 

Que ressent-on quand on arrête après tant d’années au haut niveau ? 

(Elle réfléchit). Je suis contente. Ce n’est pas un soulagement ! Le Taekwondo est une grande partie de ma vie. C’est une fin qui arrive à point nommé. Plus, cela aurait été trop. Je suis contente d’arrêter parce que c’était quelque chose qui était prévu depuis longtemps et c’est très bien.

 

« La boucle n’a pas été bouclée »

 

Que vas-tu retirer de toutes ces années ?

L’aventure humaine que j’ai vécue, les amitiés que j’ai trouvées. C’est cela que je vais retenir avant tout. Et, puis, forcément, tous mes titres. Des victoires et des amitiés, c’est ce qu’il va rester.

 

As-tu des regrets ? 

Des regrets… A priori, non (elle réfléchit). Non, je n’ai aucun regret. Mon parcours a été singulier et c’est ce qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Franchement, pas de regret.

 

Les Jeux Olympiques (3 participations, 1 médaille de bronze) ne représentent-ils pas une grande frustration ? Quel est ton sentiment, un goût d’inachevé ?

Je pense tout simplement que la boucle n’a pas été bouclée. J’aurais aimé remporter toutes les compétitions les plus prestigieuses. Les Jeux Olympiques m’ont échappé. Voilà. C’est dommage. En fin de compte, la chose la plus difficile, c’est de se dire que je ne le ferai jamais. Jamais je n’atteindrai mon objectif. Ca, c’est difficile. Enfin, c’était.

Maintenant, à part 30 secondes de temps en temps… Une fois que j’ai décidé d’arrêter, je me suis dit : « bon, bah, écoute, tu ne seras jamais championne olympique. Tu ne seras jamais ce pour quoi tu t’es levée les 16 dernières années de ta vie ». Je n’atteindrai jamais mon objectif et ça, c’est frustrant.

 

« Sur le fond, on a avancé. Mais sur la forme… »

 

Tu as connu des Taekwondo très différents. Quel regard portes-tu sur l’évolution de ton sport ?

Sur le fond, le Taekwondo a hyper bien évolué. Le fait que l’on soit devenu puis resté sport olympique est juste incroyable ! On vient de vivre nos 5e Jeux. On a réussi à faire évoluer notre sport. Et c’est une évolution qui va dans le bon sens sur le fond. Il y a nettement moins d’interventions des arbitres. Beaucoup plus de moyens sont utilisés. On a développé les compétitions sur tous les continents… Le Taekwondo est un sport que je trouve très inspirant. On a réussi à aller chercher des médaillés olympiques, voire mondiaux, historiques !

 

Qu’entends-tu par médaillés « historiques » ?

L’Iran a eu la 1ère femme médaillée olympique de son histoire à Rio en Taekwondo. Dans cette caté (-57 kg), il y a deux femmes voilées sur le podium. Le 1er Africain à devenir champion olympique est un Ivoirien en Taekwondo (Cheick Cisse en 2016). Un Gabonais (Anthony Obame en 2012) a remporté la 1ère médaille olympique de toute l’histoire de son pays, un Jordanien (Ahmad Abughaush en 2016) a remporté le 1er titre olympique de son pays dans notre sport... C’est incroyable ! Cela montre l’universalité du Taekwondo. Et on a aussi beaucoup contribué à celle du sport olympique. Sur le fond, donc, on a beaucoup avancé. Mais, après, sur la forme, au fil des années, je reconnais de moins en moins mon sport, en tout cas le sport pour lequel je me suis passionnée au début.

 

« Gentil, Négrel, Ntep, Hadi, Lopez… »

 

Notamment avec la suppression de la notion de puissance pour privilégier la touche ?

La notion de puissance existe toujours. Elle est aujourd’hui moins importante mais, d’un autre côté, il y a aussi moins la notion de subjectivité. Par contre, c’est vrai, je n’aime pas trop la tournure que cela a pris ces dernières années. On est beaucoup moins sur un sport d’explosivité. C’est un sport basé sur de l’agilité, sur de la motricité fine et non plus sur des gros impacts, des explosivités comme il y avait avant.

 

Quels sont les champion(nes) qui t’ont vraiment marquées tout au long de ces années ?

Pascal Gentil, Christophe Négrel, Mamédy Doucara, Ludovic Vo, Bruno Ntep, Mickaël Meloul bien évidemment. Des mecs aussi comme Steven Lopez, 5 fois champion du monde, l’Iranien Hadi (Saei Bonehkohal, double champion olympique 2004 et 2008), l’Espagnol Juan Antonio Ramos (double champion du monde en 1997 et 2007). Ce sont tous des gens qui m’ont impressionné et donné envie d’être comme eux.

 

Quels sont tes projets pour l’avenir ? 

L’avenir, c’est déjà le présent. Je travaille désormais pour la fédé. Je suis « chargée de mission à la communication des équipes de France ». J’en suis ravie. J’avais fait des études dans ce sens-là.

C’est juste incroyable d’avoir eu l’opportunité de travailler pour cette fédération qui m’a tant donnée. Aujourd’hui, j’espère mettre en valeur les athlètes de ma discipline.

 

 

« Glad », c’est…

-1 médaille olympique, le bronze (2008)

-2 titres de championne du monde (2009, 2011)

-3 titres de championne d’Europe (2002, 2004, 2005).

-3 Jeux Olympiques disputés (2004, 2008, 2016)

-5 médailles mondiales dans 3 catégories différentes (-67 kg à +73 kg) : 2 en or (2009, 2011), 3 en argent (2005, 2007, 2015).

-7 médailles aux Championnats d’Europe dans 4 catégories différentes (de -55 kg à -73 kg) : l’or en 2002, 2004 et 2005, l’argent en 2000, 2006 et 2008, le bronze en 2010.

-12 titres de championne de France entre 2001 et 2015 dans 5 catégories différentes (de -55 kg à +73 kg).

-17 années au plus haut niveau

 

 

Ses heurs et malheurs

2000. A 16 ans, elle dispute sa 1ère finale de championnats d’Europe.

2001. 1er titre de championne de France

2002. 1er titre de championne d’Europe

2003. 3e du tournoi de qualification olympique. Direction Athènes.

2004. Enorme déception ! Elle est éliminée au 1er tour des JO par l’Italienne Corsi.

2005. Elle rebondit. 1ère finale mondiale (battue par contre la Coréenne Hwang Kyung-Seon) et 3e sacre européen.

2007. 1ère du tournoi de qualification olympique. Qualifiée pour les JO de Pékin.

2008. Médaillée de bronze aux Jeux, elle perd la ½ finale contre la Coréenne Hwang Kyung-Seon en prolongation sur un point discutable.

2009. 1er titre de championne du monde.

2011. 2e titre de championne du monde et 1ère du tournoi de qualification olympique. Elle est sur le toit du monde.

2012. Forfait pour les Jeux de Londres. Victime de la résurgence d’une tuberculose osseuse, elle doit arrêter la pratique du sport.

2015. Incroyable ! Elle dispute sa 5e finale mondiale (perdue face à Bianca Walkden) et remporte les Jeux Européens grâce à une victoire finale sur la championne olympique en titre, Milica Mandic.

2016. Elle participe aux JO huit mois après une rupture des ligaments du genou. Elle s’incline en ¼ finale contre la future lauréate chinoise, Zhen Shuyin, puis face à Jackie Galloway pour la médaille de bronze.

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