Clarisse Agbegnenou : « J’ai rechargé les batteries… »

Clarisse Agbegnenou : « J’ai rechargé les batteries… »

Publié le : 18/04/2017 09:28:11 Catégories : Actualités , judo

Le blues olympique appartient au passé. L’heure est à la réconciliation avec le Judo, à la redécouverte du plaisir. Avec son nouveau coach, Lucie Decosse, Clarisse Agbegnenou repart d’un autre bon pied et change d’appuis, en travaillant des ressorts psychologiques et en approfondissant le Ne Waza.

Son objectif aux prochains Championnats d’Europe (20-23 avril) ? S’amuser. Mais pour une championne comme elle, le plaisir passe par la victoire…

 

Par Ludovic Mauchien

 

Sa victoire à Düsseldorf (25-26 février) est bien plus qu’une nouvelle ligne sur son (riche) CV. C’est le signe, le symbole du renouveau pour Clarisse Agbegnenou.

Atteinte par sa défaite en finale des Jeux Olympiques (-63 kg) face à Tina Trstenjak, sa 3e d’affilée face à la Slovène, la Française n’avait plus le cœur à l’ouvrage. Elle commençait tout juste à remonter la pente qu’elle tombait à nouveau face à Trstenjak, en finale du Tournoi de Paris (11-12 février).

Cela aurait pu tuer la poule dans l’œuf. Que nenni ! 15 jours après, Clarisse Agbegnenou remportait magnifiquement le Grand-Prix de Düsseldorf, en dominant l’Allemande Martina Trajdos en finale, Trstenjak ayant perdu en ¼ de finale contre la Japonaise Nabekura.

En ce début d’Olympiade, l’heure est au travail de fond. Elle s’y attèle avec son nouvel entraîneur, Lucie Decosse. A Varsovie (Pologne), aux Championnats d’Europe (20-23 avril), la championne du monde 2014 veut explorer son nouveau travail. Mais si, à 24 ans, elle peut ajouter un 3e titre européen à son escarcelle, après ceux de 2013 et 2014, elle ne va pas se gêner…

 

« Ce sera peut-être une Clarisse différente »

 

Comment abordes-tu ces championnats d’Europe ?

Très simplement ! Je les aborde sans stress, dans l’idée de me faire plaisir, de m’amuser. Je n’ai même pas l’impression que je vais combattre bientôt. Tout va bien, ma vie, le Judo...

 

Voudrais-tu dire que tu n’as pas réellement d’objectif sinon te faire plaisir ?

Il y a toujours un objectif parce que je suis une combattante. Je ne peux pas arriver sur une compétition sans objectif. Mais, avec les coachs, Larbi (Benboudaoud) et Lucie (Decosse), on a changé pas mal de choses dans mon Judo pour que je puisse plus m’amuser.

Ce sera peut-être une Clarisse différente, mais qui prendra du plaisir. Je déciderais de faire des choses que je veux.

 

C’est ce à quoi tu t’es consacrée ces deux derniers mois : travailler de nouvelles choses pour surprendre qui tu sais (Trstenjak) ? 

Exactement ! J’ai travaillé pas mal de nouvelles choses. Mais j’ai aussi travaillé ce que je sais faire, il ne faut pas le perdre ! Ce qui est bien, c’est que j’ai gardé du plaisir. Après les Jeux, cela a été difficile. Maintenant, je me suis remise dedans, je m’amuse. C’est l’essentiel. Le reste viendra, j’en suis certaine !

 

« Je n’aurais peut-être pas la même motivation sans cette défaite »

 

Qu’est-ce qui a été difficile après les Jeux ?

Après une défaite comme celle-ci, en finale, toujours contre la même fille, c’est chiant ! Je n’ai toujours pas accepté cette défaite aux Jeux ! Mais j’ai fermé le livre et je l’ai jeté !

Du coup, il faut recommencer à travailler 4 ans ! En même temps, je me dis que je n’aurais peut-être pas eu la même motivation sans cette défaite. C’est peut-être un mal pour un bien !

Après les Jeux, j’étais blasée, lassée. Désormais, je suis bien, je suis à fond. J’ai rechargé les batteries.

 

Quand tu dis que tu as changé des choses, est-ce uniquement par rapport à Trstenjak ?

Non, sur tout. Si c’est encore plus facile par rapport aux autres, cela deviendra facile par rapport à elle. J’arriverai à égalité. Je suis la plus physique de la catégorie mais, tactiquement, c’est vrai qu’elle est plus intelligente que moi pour le moment. Mais, pas de problème, j’y arriverai !

 

« Il faut travailler au sol, il n’y a pas le choix »

 

As-tu effectué la même préparation pour ces « Europe » que pour les JO ?

Non, ce n’est pas du tout la même préparation. Que ce soit mentalement ou psychologiquement, ce ne sera jamais la même. Je m’entraîne à fond mais je suis relax. Ca n’a rien à voir avec les Jeux.

 

Dans ton esprit, ce sont des Championnats d’Europe de transition ? 

J’y vais pour gagner. J’y vais dans l’optique d’être en finale contre Tina et de la battre, bien sûr. Mais je ne suis pas dans l’optique d’y aller en me disant : « il faut que je tue tout le monde ».

Je veux gagner mais avec les choses que j’ai mises en place. J’ai travaillé plein de choses en sachant que les règles ont changé. Je veux travailler de façon différente. Déjà, moins me fatiguer, ne pas faire que des 4 minutes.

Il faut travailler au sol, il n’y a pas le choix. J’ai commencé. Je vais voir si ce que j’ai mis en place à l’entraînement va fonctionner en compétition. Je veux aussi être plus libérée, continuer à bouger, bref m’amuser. Je suis sur une bonne lancée. On verra.

 

« Et Lucie me dit : « tu ne vas pas faire ton Judo »

 

Comment définirais-tu ton travail avec Lucie ?

C’est différent. C’est bien, cela apporte du nouveau. C’est ce qu’il faut en début d’Olympiade. Avec Lucie, ça passe bien. On a trouvé des solutions. On essaie d’en trouver même dans ma tête : ce que j’ai envie de faire, pourquoi je suis là, pourquoi je fais ça… Ce sont des questions que je ne me posais pas.

Je suis une compétitrice. Quand il y a une compétition, j’y vais, je ne réfléchis pas. Maintenant, il y a peut-être aussi d’autres choses à penser et à faire. Avec Lucie, on réfléchit à d’autres choses et pas qu’à une seule voie.

 

Son apport est-il psychologique avant d’être technique ou tactique ?

Pour l’instant, on travaille l’aspect psychologique. Lucie est une personne qui prend du recul, qui regarde beaucoup, qui observe et qui, ensuite, dit ce qui va ou ne va pas. Son apport est aussi technique.

L’idée est d’avoir une nouvelle approche. Par exemple, à Düsseldorf, je m’échauffe et elle me dit : « tu es venue pourquoi ? ». J’allais faire mon 1er combat, on discute et, au final, et Lucie me dit : « tu sais quoi ? Tu ne vas pas faire ton Judo, tu vas complètement changer. Tu vas travailler la mobilité. Ce n’est pas grave si tu ne marques pas tout de suite. Tu attends des ouvertures, tu fais autre chose, tu balaies, tu travailles au sol ». C’est culotté quand même ! Mais c’est bien ! C’était enrichissant.

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