Christophe Pinna : « Se faire mal pour savoir si… »

Publié le : 10/07/2017 14:09:00
Catégories : Actualités , Karate

Christophe Pinna : « Se faire mal pour savoir si… »

Le rêve est beau, le pari est fou. A 48 ans, 17 ans après avoir disputé son dernier combat, il se lance dans l’aventure olympique ! Il, c’est Christophe Pinna, 4 titres de champion du monde, 6 titres européens et 2 Coupes du monde.

Le défi est insensé mais le Niçois a tellement rêvé des JO qu’il veut aller au bout de l’histoire, plutôt que regretter sur son canapé de ne pas avoir tenté le Graal.

Ses réelles motivations, ses nouvelles sensations, ses 1ères impressions... La saga de Christophe Pinna racontée en 4 épisodes. 1er opus : le déclic.

Par Ludovic Mauchien

Dans un temps que les millenials n’ont pas connu, Christophe Pinna était une star, l’un de ces combattants qu’on préférait ne pas croiser. Il était l’un des fers de lance de la Dream Team, triple championne du monde en 1994, 96 et 98. En 2000, c’est en individuel qu’il connaît la consécration. Le 14 octobre, à Munich, il domine l’Italien Davide Benetello en finale des toutes cat’. Christophe Pinna disputait ce jour-là son ultime combat et prenait sa retraite auréolé de 6 titres européens (1995, 96, 97 en Open, 1993, 96, 97 en équipe) et 2 Coupes du monde (1993, 97), en sus de ses sacres mondiaux.

Dès lors, le Niçois vaque à d’autres occupations, naviguant entre la Star Ac’ (de 2005 à 2009), les marathons et les ultra-trails. Mais notre Sieur, à l’annonce du Karaté olympique en août dernier, s’est de nouveau mis à vibrer. Il en a tant rêvé… Il se devait de tenter sa chance, pour ne pas avoir de regret. Et quoiqu’il advienne dorénavant, il aura été au bout de ses idées, de sa passion, de son ambition.

Une décision parfois incomprise. Le champion, qui s’aligne en -84 kg (+80 kg en caté olympique) n’en a cure. Mais il sait que le plus dur est à venir. Il découvre un nouveau monde. Le Karaté a changé, son corps aussi. Comment tenir le choc ? Comment retrouver ses sensations ? Comment compenser son manque de vitesse ? Comment tenir psychologiquement ? Quelle stratégie adopter ?... Les interrogations sont multiples…

 

« On a porté les anneaux olympiques sur nos kimonos ! On a milité »

 

Il y a « dire » et « faire ». Quel a été le déclic pour passer de l’un à l’autre ?

Lorsqu’ils ont annoncé que le Karaté devenait olympique et serait à Tokyo, cela a commencé à me trotter dans la tête, même la nuit. Dans un 1er temps, j’ai juste pensé que c’était génial pour les jeunes ; je ne me suis pas dit : « super, je me lance un défi ! ». Je ne pouvais pas me sentir concerné puisque j’étais vraiment éloigné du Karaté.

Puis, au fil des jours, j’ai commencé à me dire : « merde, c’est quand même ce que tu as toujours voulu ». Les souvenirs ont commencé à revenir… Toute notre génération, le pauvre Alain (Le Hétet), Romain Anselmo et d’autres, on a porté les anneaux olympiques sur nos kimonos à un moment donné de notre carrière ! On allait presque manifester. On a milité pour que notre sport soit olympique. Et, un matin, tu prends tes affaires, tu commences à envoyer 2 coups de poing, 2 coups de pied…

 

Et… ?

Je suis parti très fort en septembre (2016). Je n’ai pas du tout eu une préparation physique intelligente. J’effectuais des entraînements durs, comme si j’avais 25 ans et que j’étais en préparation pour un championnat du monde. Je m’entraînais 6 h par jour, vraiment fort. Cela a été à la fois un bien et un mal, parce que je me suis beaucoup blessé.

Mais c’était aussi voulu. Je voulais savoir si j’avais envie de remettre le réveil à 5 h du matin, d’aller courir… Des choses que je ne faisais plus. C’est bien beau de se dire qu’on aimerait participer aux Jeux parce qu’on en a rêvé, mais il faut se donner une réponse psychologique, se faire mal pour savoir si on est encore prêt à le faire. C’est pour cette raison que ma préparation physique a été intense et que je ne suis pas revenu d’une manière progressive et intelligente.

 

« J’ai participé au championnat départemental fin janvier »

 

Ton corps a-t-il suivi ?

En fait, mon corps a tenu 3 mois avec plus ou moins de douleurs. J’ai d’abord eu une déchirure du mollet droit, puis du fessier gauche. Ensuite, je suis parti m’entraîner aux Etats-Unis. Je me suis fait une entorse à l’épaule droite sur un balayage.

Dans la foulée, le dos a commencé à me handicaper. Je ne pouvais plus lever les jambes. Je n’en dormais plus la nuit tellement j’avais des douleurs. Mais je m’étais fixé 3 mois, et j’ai pris ma décision le 1er janvier.

 

Quel a été ton programme ?

J’ai participé au championnat départemental des Alpes-Maritimes fin janvier (qu’il a gagné). Dans ma tête, je devais enchaîner championnat de ligue, Inter régions, championnat de France. Mais je ne connaissais pas tous les rouages. J’ai eu une conversation avec Francis Didier (le président de la FFKaraté). En fait, cela ne servait à rien d’aller trop vite (Ndlr : le ranking olympique débutera à l’Open de Paris 2018). Du coup, j’ai fait marche arrière.

En parallèle, on a la chance d’avoir les Séries A et les Premier League. C’est ce que je compte faire cette année. J’ai déjà participé à deux Opens, Rotterdam et Dubaï.

 

A suivre…

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