Christophe Pinna : « J’analyse les nouvelles techniques sur le Web »

Publié le : 10/08/2017 14:51:49
Catégories : Actualités , Karate

Christophe Pinna : « J’analyse les nouvelles techniques sur le Web »

Les qualifications pour les JO 2020 commenceront en janvier 2018 lors de l’Open de Paris. Pour l’heure, Christophe Pinna, qui tente un comeback à 48 ans, est loin d’être prêt. Au printemps, son corps l’a trahi. Des blessures l’ont handicapé. Il est remis. L’heure est aux choses sérieuses. A la rentrée, il va passer à l’échelon supérieur. Il nous explique sa méthode pour retrouver les sommets.

Par Ludovic Mauchien


Il a repris le chemin des tatamis en septembre 2016. Dès lors, heurs et malheurs ont régi son quotidien. Mais l’envie et la motivation ne l’ont pas quitté, seulement l’espace de quelques heures disséminées de ci de là où le doute a failli subsister. Blessé dès l’automne, Christophe Pinna a participé à 3 tournois en début d’année, le championnat départemental des Alpes-Maritimes fin janvier, l’Open de Rotterdam mi-mars et celui de Dubaï début avril.

Il aurait aimé poursuivre mais son corps n’a pas suivi. Le quadruple champion du monde (1994, 96 et 98 en équipe, 2000 en toutes cat’), sextuple champion d’Europe (1995, 96, 97 en Open, 1993, 96, 97 en équipe) et double vainqueur de la Coupe du monde (1993, 97), a dû rester au repos total pendant plus de 2 mois.

Un coup d’arrêt qui lui en a donné un au moral. Mis celui-ci ne s’avère pas fatal. Le Français, qui s’aligne en -84 kg (+80 kg en caté olympique), poursuit son plan de route. Dès la rentrée, il va mettre les bouchées doubles. Pour ce faire, il s’est adjoint les services d’un entraîneur haut de gamme, qu’il a désiré : Didier Moreau, son aîné en équipe de France à la fin des années 80, l’entraîneur à succès du Samouraï 2000 du Mans. Christophe Pinna nous explique sa route vers les sommets.

« J’essaie de trouver des parades avec les cartes que j’aies en mains »

Vu que le Karaté a totalement changé en 17 ans, prends-tu conseil auprès de plus jeunes champions et/ou entraîneurs, pour t’adapter au mieux et le plus rapidement possible ?

J’ai la chance d’être à une époque où il y a beaucoup de vidéos. J’analyse énormément les nouvelles techniques sur le Web pour, d’abord, essayer de les reproduire afin que l’on parle déjà du même sport (rires). J’essaie ensuite de trouver des parades, des contres avec les cartes que j’aies en mains, voire de nouvelles parades liées à de nouvelles techniques. C’est une étude personnelle basée sur mon expérience personnelle, mon vécu.

Pour l’instant, tu travailles seul. Vas-tu t’adjoindre les services d’un entraîneur ?

Au début de cette aventure, j’ai appelé Claude Pettinella, qui m’a aidé à devenir champion du monde en 2000, pour lui demander s’il pouvait être à mes côtés. Il a été honnête et m’a dit qu’il ne suivait plus vraiment les compétitions. C’est quelqu’un qui a énormément compté pour moi. Je sais que si j’ai besoin, il sera toujours là. Mais aujourd’hui, la page est tournée avec Claude.

La seule personne que je savais qu’elle pouvait m’apporter, qui me correspond, c’est Didier Moreau. Je suis allé le voir au Mans, pour échanger et lui demander si on pouvait faire le chemin ensemble. On commencera notre aventure en septembre. Jusqu’où cela ira ? On ne sait pas.

« Didier (Moreau) a créé sa propre vision »

Pourquoi avoir choisi Didier Moreau (champion d’Europe Open en 1987) ?

Je ne me sentais pas de faire appel à un entraîneur plus jeune parce que j’ai mon caractère. Du coup, je devais prendre une personne avec un caractère au moins aussi fort que le mien, qui me dirige et non que j’arrive à diriger (il rit). Il me fallait quelqu’un droit dans ses bottes et qui soit solide, avec de l’expérience. Si c’est pour le bouffer, cela ne sert à rien !

Tout naturellement, je me suis orienté vers Didier. C’est quelqu’un qui, pour moi, a un charisme et une certaine discrétion. Il peut déranger parce qu’il ne fait pas partie d’un troupeau et que cela lui donne une certaine liberté de réponse et de positionnement. J’aime les personnes qui ne sont pas obligées de suivre un mouvement et d’être dans une configuration obligatoire, où il n’y a pas un mot plus haut que l’autre. De là, il a créé sa propre vision, et celle-ci m’intéresse.

Didier aurait pu très bien me dire que cela ne l’intéressait pas. Il n’a pas besoin de moi, mais cela n’a pas été le cas. On a hâte de pouvoir rentrer dans le vif du sujet.

Vous vous êtes croisés il y a une trentaine d’années en équipe de France, non ?

Etant junior, c’est un compétiteur que j’observais et que j’ai toujours respecté en tant qu’athlète. Il était dans ma catégorie de poids, les -80 kg, mais j’arrivais en équipe de France quand lui en partait. Il m’a toujours interpellé pour 2 choses : il avait de bonnes jambes et, en même temps, il était rigide. C’était un karatéka qui pouvait être très dur mais, en même temps, il avait une jambe avant très souple.

« C’était une période de galère »

Avant de travailler avec lui, tu vas devoir te remettre en forme physiquement. Comment as-tu vécu cette longue blessure ?

Bien évidemment, j’ai eu des doutes. Un jour, j’ai un peu moins mal au dos et je crois que je vais y arriver. Un jour, je me réveille à 3 h du matin et je ne dors plus parce que j’ai l’impression que je ne vais jamais y arriver. C’est comme ça…

C’était la 1ère fois que j’étais confronté à ça. Etant jeune, même quand tu te blesses, tu ne te poses jamais la question de revenir. Là, tu t’embourbes. Quand tu crois avoir réglé un problème de dos, c’est un autre qui surgit. C’est difficile ! Mais c’est aussi mathématique. J’ai fait beaucoup de sport ces dernières années. Comme j’étais à l’arrêt, je ne produisais plus d’endorphine et autres. C’est clair que cela attaque le moral.

Quelle était cette blessure ?

J’ai commencé à traîner des douleurs au dos à la mi-janvier. On m’a infiltré mais j’ai ensuite eu un déchirement du grand oblique droit avec un décollement de l’aponévrose. C’est super douloureux ! En fait, j’avais un manque de mobilité dans la colonne vertébrale et c’est le bas du corps qui vrillait, sur les Gyaku notamment. Malheureusement, il n’y avait rien à faire, si ce n’était du repos. Je ne pouvais même pas travailler mes appuis ! Ce n’est pas comme si tu as le bras gauche cassé et que tu peux travailler tout le reste. C’était le tronc et tu ne peux pas l’isoler. C’était une période de galère.

Fin (provisoire) de la saga

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Episode 1 : Christophe Pinna : « Se faire mal pour savoir si… »

Episode 2 : Christophe Pinna : « Aujourd’hui, je suis un débutant »

Episode 3 : « Place aux jeunes, non ! Place au meilleur »

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