Amandine Buchard : « On peut dire que je reviens de loin… »

Publié le : 18/04/2017 16:38:40
Catégories : Actualités , judo

Amandine Buchard : « On peut dire que je reviens de loin… »

Revenir du Diable Vauvert est un euphémisme concernant Amandine Buchard. Au printemps dernier, après 2 saisons infortunées, elle a craqué. Elle a tout laissé tomber. Elle s’est exilée, dégoûtée, sa passion s’en était allée.

Elle était tombée si bas qu’elle ne pouvait que remonter, affirme-t-elle elle-même. Mais encore fallait-il y parvenir… Réapparue par la petite porte en septembre dernier à l’INSEP, « Bubuch’ » est brillamment revenue au 1er plan, en -52 kg cette fois.

Finaliste à Düsseldorf fin février, vainqueur à Tbilissi début avril, Amandine Buchard, à 21 ans, a retrouvé la flamme, un retour qui équivaut à une résurrection. Pourquoi ? Comment ? Elle raconte…

 

Par Ludovic Mauchien

 

 

Quand elle va pénétrer sur le tatami, jeudi, à l’occasion des Championnats d’Europe à Varsovie (20-23 avril), Amandine Buchard se présentera dans sa meilleure forme depuis… 2014 !

Il y a 3 saisons, dans une autre vie, la Française terminait 2e des Championnats d’Europe Seniors et 3e des Mondiaux en -48 kg et était sacrée championne du monde Juniors en -52 kg. Elle avait « seulement » 18 ans.

Depuis lors, de régimes en régimes, de blessures en blessures, « la petite terreur des tatamis » s’est fait peur. Elle était perdue pour le Judo, sa passion. Après une descente aux enfers, marquée par un forfait aux JO de Rio, elle est revenue.

Elle est repartie du bon pied, même si elle n’a pas oublié, ni les heurs, ni les malheurs. Elle s’est guérie mais elle est toujours en souffrance. Son meilleur remède ? Gagner, évidemment !

Par son retour au haut niveau, elle a déjà montré une force de caractère incroyable. Sa finale au Grand-Prix de Düsseldorf et sa victoire à l’Open de Géorgie font déjà d’elle une postulante au podium des -52 kg. Elle revient sur ces moments douloureux et raconte comment elle est parvenue à les surmonter. Une belle leçon de vie.

 

« Je ne pensais pas que j’allais revenir sur les tapis… »

 

Début février, tu disais ne pas être totalement guérie. Depuis, tu as remporté l’Open de Géorgie et tu as gagné ta sélection pour les Championnats d’Europe. Es-tu guérie désormais ?

Aujourd’hui, tout va bien, la vie est belle. Je suis super contente ! Je suis bien revenue au haut niveau. J’ai performé (notamment 2e à Düsseldorf fin février). Je suis contente car, d’une, j’ai réintégré le groupe France et, deux, j’ai été chercher une sélection pour les Championnat d’Europe à Varsovie (20-23 avril). Il y a encore quelques mois, je ne pensais pas du tout être sélectionnée. C’est un bon présage pour la suite.

 

On peut dire que tu reviens de loin… 

Oui, on peut dire que je reviens de loin (elle rit) ! Je suis passée par une période très difficile où j’ai voulu arrêter le Judo, où j’en avais marre de tout, où j’avais besoin de me couper de tout. Je ne pensais vraiment pas que j’allais revenir sur les tapis.

Je voulais reconstruire quelque chose d’autre. Je suis partie en Espagne, où j’ai été très bien entourée, comme je l’ai été de la part de mon club de Champigny-sur-Marne.

Petit à petit, j’ai réussi à reprendre goût à remettre le kimono, à m’entraîner. Cela a duré à peu près 7 mois. Puis je suis revenue en septembre (2016) à l’INSEP. Mais je ne m’y sentais vraiment pas bien. Cela me rappelait tous les mauvais souvenirs, les pertes de poids… Petit à petit, j’ai fait mon petit bonhomme de chemin.

 

« Je ne compte pas rater les JO une seconde fois ! »

 

Tu combats désormais en -52 kg. Une nouvelle vie, de nouvelles ambitions ?

Les -48 kg, c’est derrière. Rio, c’est derrière. L’objectif, c’est Tokyo, c’est me faire une place en 52 kg et reprendre les compétitions petit à petit. J’ai été éloignée des tatamis pendant presque 2 ans parce que je ne pouvais plus faire le poids. J’étais tout le temps blessée, fatiguée…

Désormais, j’ai Tokyo en ligne de mire. C’est mon nouvel objectif. J’ai raté les Jeux une fois, je ne compte pas les rater une seconde fois ! Je suis motivée !

 

Y a-t-il eu un déclic qui a aidé à ton retour au Judo ? 

En fait, j’ai eu 2 phases. La 1ère, c’était : « pfffouh… Le Judo ne m’apporte que des souffrances… ». J’étais arrivée à un point où je faisais du Judo pour perdre du poids, alors qu’avant, je faisais du Judo pour le plaisir, parce que c’est ma passion. C’était devenu une contrainte. J’allais à l’entraînement à reculons.

Et je suis partie en Espagne, au Valencia Club de Judo, où il y a plusieurs internationaux comme Laura Gomez, Julia Figueroa… qui ont participé aux Jeux. Ils m’ont tous aidé à remonter la pente. Ils m’ont super bien encadrée. Je ne les remercierais jamais assez.

Petit à petit, j’ai repris goût à faire du Judo. Ils me faisaient faire des séances un peu plus dures que les autres pour me remettre en piste. Et, tout cela, avec le soutien de mon club, Champigny, qui prenait tout le temps de mes nouvelles.

 

« Ma haine s’est apaisée mais… Franchement, j’ai les boules ! »

 

Comment s’est passé ton retour à l’Insep en septembre dernier ? 

Les premiers temps, cela a été très, très, très compliqué ! Je n’étais pas bien. Je pleurais et je partais en pleine séance ! C’était une souffrance. Du coup, je suis retournée plusieurs fois en Espagne et je m’entraînais plus à Champigny.

Début 2017, cela allait beaucoup mieux. J’étais pratiquement tous les jours à l’INSEP. Je ne faisais que du Judo. Je ne me sentais pas revenir faire toutes les prépa’. Je n’étais pas encore dans mon élément. En Espagne, je ne pensais pas que j’arriverais à remettre un jour les pieds à l’INSEP. Il y avait beaucoup de progrès.

 

En veux-tu à des personnes ?

Ah ça, oui ! Je ne citerais pas de nom mais j’en veux à des gens. Ma haine s’est apaisée mais… Franchement, j’ai vraiment les boules ! Pour les JO de Rio, je m’étais battue comme une malade pour m’imposer en 48 kg. En plus, je suis arrivée jeune. J’ai tout fait pour m’imposer. Je travaillais énormément, je m’investissais énormément et quand on voit son rêve s’écrouler comme ça !... On se dit : « ouais, pourquoi ?... »

J’aurais peut-être dû monter de catégorie avant. Je pense que j’aurais eu mes chances en 52 kg, parce que je performais aussi. En fait, je n’ai pas su dire non, mais on n’a pas su me dire non, non plus !

 

« Je parviens à ne pas rejeter la faute que sur les autres »

 

Qu’entends-tu pas n’avoir pas su dire non ?

Aujourd’hui, je parviens à ne pas rejeter la faute que sur les autres. Je la rejette aussi un peu sur moi. J’aurais dû m’imposer et dire : « non, je ne peux plus ! ». Mais, quand, en face, on est dans la démarche de me dire qu’il faut que je continue en 48 kg, que j’y ai ma place, machin… Mais je n’avais plus le corps qui allait avec.

Je n’ai pas été au poids une fois, puis deux fois, cela aurait dû tirer la sonnette d’alarme. Mais non ! Il fallait toujours pousser, pousser et… voilà. J’en veux à certaines personnes mais ma haine s’apaise petit à petit.

 

Pourquoi être partie à Valence ?

(Rires) J’ai beaucoup, beaucoup d’amis là-bas. En fait, il fallait que je parte de France. Il fallait que je quitte cet environnement… Mon appartement, parce que j’y ai vécu des choses affreuses ; l’INSEP, où j’avais aussi vécu des choses affreuses ! Il fallait que je coupe.

Franchement, si j’étais restée en France, je pense que je n’aurais pas repris le Judo. A Valence, ils avaient énormément d’affection pour moi et ils ont fait comme si j’avais toujours été des leurs.

Partager ce contenu

PayPal