Amandine Buchard : « J’aimerais bien prendre Kelmendi… »

Amandine Buchard : « J’aimerais bien prendre Kelmendi… »

Publié le : 19/04/2017 16:35:29 Catégories : Actualités , judo

Elle a retrouvé l’envie et l’appétit qui va avec. Après trois saisons sans, deux avec régimes manqués et blessures à répétition, et une en dépression, la jeune Amandine Buchard (21 ans) voit son avenir en grand.

Aux Championnats d’Europe à Varsovie (20-23 avril), ses 1ers en -52 kg, elle veut prendre les combats un par un. Mais elle veut surtout tous les gagner…

Et quitte à l’emporter, ce serait mieux de battre la championne olympique et double championne du monde, la Kosovar Kelmendi. She is back !

 

Par Ludovic Mauchien

 

Il faut s’attendre à tout avec Amandine Buchard ! Il n’y a même pas un an, elle était perdue pour le Judo. Elle était perdue tout court. Exilée en Espagne pendant 7 mois, elle a vu son rêve défiler, les JO se dérouler sans elle. C’était en -48 kg.

Aujourd’hui, elle est en -52 kg. Et elle n’a pas tardé à se faire remarquer, au point qu’elle est déjà sélectionnée dans sa nouvelle catégorie pour les Championnats d’Europe (20-23 avril).

Après un timide et compliqué retour à l’automne 2016, Amandine Buchard a attaqué 2017 pied au plancher : finale au Grand-Prix de Düsseldorf (25-26 février), et victoire à l’Open de Géorgie (1er-2 avril). Forcément, cela lui donne des idées…

 

Comment abordes-tu ces Championnats d’Europe ? Quelles sont tes ambitions ?

J’ai hâte d’y être ! J’ai retrouvé l’envie. Je suis plus confiante. Je suis plus souriante. Je suis plus heureuse. J’arrive à m’entraîner de plus en plus à l’INSEP. Tout va bien.

Je suis plus détendue que ces dernières semaines. J’ai moins le stress d’aller chercher une sélection en équipe de France. J’y suis ! Maintenant, il va falloir aller chercher un titre.

Je suis contente parce que j’ai pu me confronter aux meilleures de la caté à Düsseldorf (fin février, elle perd seulement en finale contre la Japonaise Abe). Cela fait du bien, cela m’a redonnée un peu de confiance en moi.

Je ne crains personne. Je pense que mon pire ennemi sera moi-même. J’aimerais bien prendre Kelmendi (championne olympique 2016 et double championne du monde 2013-2014). Mais je prendrai combat après combat. Mon objectif, c’est de tous les gagner.

 

« J’ai hâte d’y être ! … Je ne crains personne »

 

As-tu travaillé des points particuliers du fait de ton changement de catégorie (de -48 kg à -52 kg) ?

Non, pas forcément. J’essaie d’élargir ma palette technique. J’ai beaucoup travaillé le Ne Waza. J’essaie aussi d’être un peu plus rapide sur mes enchaînements d’attaque. Mais je n’ai pas travaillé un truc bien précis.

Pas beaucoup de choses changent. Quand j’étais en 48 kg, je m’entraînais avec les 52 et 57 kg. Le truc qui me change la vie, c’est que je ne cours plus pour perdre du poids ! Je ne suis plus à me priver de manger, à me priver de boire…C’est fini tout ça !

Je m’entraîne parce que j’ai envie de m’entraîner, parce que je suis passionnée. Je ne vais plus à l’entraînement pour perdre mon poids. Je n’y vais plus à reculons, j’y vais pour progresser, parce que je veux être la meilleure. Je suis épanouie ! En même temps, je suis tombée tellement bas que je ne pouvais que remonter ! (elle sourit).

 

La concurrence est rude en -52 kg…

Oui, elle est rude ! Mais quand je suis arrivée chez les -48 kg, il y avait aussi de la concurrence, il y en avait aussi en Junior. La concurrence m’a toujours poussée à m’améliorer. Cela n’a jamais été un obstacle. Je regarde le côté positif, toujours essayer d’être au-dessus de l’autre, d’être sans cesse dans la recherche de la progression.

Avec Astride (Gneto), on est en concurrence. Elle va m’aider à progresser et je vais surement l’aider à progresser aussi. Cela va être de bonne guerre. Que la meilleure performe ! C’est bon d’avoir de la concurrence.

 

« Je pense avoir les capacités d’aller chercher une médaille »

 

Sur le plan physique, penses-tu être prête pour les Championnats d’Europe ?

Je suis prête ! Il reste des petits réglages mais je peux me permettre de dire que je suis prête. J’ai repris la compèt’ à Glasgow (15 octobre), puis j’ai fait Tunis (14-15 janvier), la Golden League à Düsseldorf (25-26 février), et l’Open de Géorgie (1er-2 avril), où j’ai battu en finale la Brésilienne Miranda, vice-championne du monde 2013.

J’ai pu aussi affronter la championne olympique, Kelmendi. Je perds mais c’était très ambigu. Je perds sur une valeur que je marque mais qui n’a pas été comptabilisée.

Cela montre que je ne suis pas si loin. Cela me motive. Je pense avoir les capacités de performer, d’aller chercher une médaille aux Championnats d’Europe en -52 kg, même si tout n’est pas parfait.

 

Qu’est-ce qui t’éclate dans le Judo ?

J’aime énormément me confronter aux autres. Je suis une compétitrice. J’aime gagner, ce qui fait que j’aime m’entraîner. J’aime voir ma progression, j’aime gagner même à l’entraînement. Il ne faut pas que je tombe, sinon c’est un supplice.

C’est la recherche de la progression, de la performance et, surtout, le fait de vouloir être la meilleure, qui fait que je m’investis tous les jours à l’entraînement.

Que ce soit dans n’importe quel sport ou dans ma vie courante, j’ai l’esprit de compétition. Je vais jouer au foot, au rugby ou à la Playstation, je vais vouloir gagner !  Je transfère cela sur le Judo car c’est ce qui me passionne. J’ai toujours aimé le Judo ! C’est ma vocation.

 

« Le Judo, c’est ma vocation ! »

 

Quel est ton spécial ?

(Elle sourit) J’en ai plusieurs mais c’est surtout le Kata Guruma. Il est venu instinctivement. J’ai toujours aimé le Judo masculin, dans lequel je ne m’ennuie pas. Ça envoie, ça s’engage…

Quand j’étais au pôle Espoir de Brétigny, je voyais les garçons qui faisaient « Kata » (Guruma). En les regardant, je me disais : « wouah, ça me plairait bien, ça ! ».

Je leur ai demandé de me montrer. J’ai essayé une fois, deux fois puis je ne l’ai plus jamais tenté parce que je ne savais pas le faire. J’avais la tête qui piquait dans le tapis et je m’éclatais les cervicales. Je me suis dit : « plus jamais » !

L’année d’après, pour mon 1er tournoi avec l’équipe de France, je ne sais pas pourquoi, je sors 2 Kata Guruma en finale. Comment sont-ils sortis ? Je n’en sais rien ! C’est sorti comme ça ! Je ne l’ai jamais travaillé en technique. Je ne le travaille pas à l’entraînement, rien. Du coup, c’est devenu ma technique phare. C’est celle qui m’a fait gagner beaucoup de matchs. Aujourd’hui, c’est mon spécial.

 

Travailles-tu le Jiu Jitsu Brésilien ?

Quand je suis partie en Espagne, cela m’a fait tout bizarre. Ils font du Ne Waza tous les jours, tout le temps. A l’INSEP, lors de la dernière Olympiade, on a très peu fait de Ne Waza. Lors de stages à l’étranger, on sentait que l’on était plus faibles au Ne Waza. On a pu aussi le voir aux Jeux.

En France, il y a des individualités qui sont très fortes, comme Axel Clerget, mais globalement, nous, les Français, on n’est pas bons au Ne Waza.

Depuis Rio, on le travaille beaucoup plus. On fait plus de Tsukkomi et de Randori au sol, plus de liaisons debout/sol. Quand on fait des Randori debout, les entraîneurs insistent pour que l’on enchaîne au sol.

De mon côté, en Espagne, j’ai travaillé le Ne Waza pendant 7 mois. Je m’en sors bien. Nous avions une carence ! Je pense qu’ils ne referont pas 2 fois les mêmes erreurs. Cela nous enquiquine parfois mais on en a besoin.

 

« Le Ne Waza, plus je découvre, plus je prends plaisir »

 

Tu n’apprécies pas forcément le Ne Waza ?

Avant, je n’aimais pas. J’aimais marquer debout. J’aimais faire du beau Judo, j’aimais faire tomber. Du coup, je ne prenais pas la peine d’aller au sol.

Avec le temps, j’ai appris à travailler au Ne Waza. Aujourd’hui, si je peux gagner avec un Shido, un Waza ari ou un Ippon, je prends. Si je dois travailler en Ne Waza, j’irais en Ne Waza.

J’ai vraiment appris à aimer en Espagne. Ils ont vu que j’étais forte en défense mais que je n’avais rien en attaque. Ils m’ont appris des techniques. Ils m’ont fait travailler en Tate pour que j’intègre le travail au sol.

Ce n’est plus une contrainte. J’aime essayer des choses, j’aime essayer de gagner en Ne Waza. Ca va pouvoir m’aider par la suite. Je pense que le Ne Waza va devenir un point fort, parce que l’on sera sûr de gagner par Ippon.

Plus j’avance, plus je découvre, plus je prends plaisir. J’essaie de progresser quotidiennement. Tout ce que j’ai à prendre, je le prends. J’essaie d’en faire quelque chose, de m’améliorer. Je pense que c’est très important de travailler le Ne Waza dans cette Olympiade.

 

Même si tu n’as « que » 21 ans, aurais-tu un conseil à donner à un jeune qui rêve de devenir champion ? 

Tout n’arrive pas en un claquement de doigts. Il doit énormément travailler, être motivé, déterminé, se fixer des objectifs et essayer de les atteindre, tout en étant sans cesse dans la recherche de la progression.

Beaucoup de jeunes sont talentueux mais le talent seul ne suffit pas. Quelqu’un qui n’a pas de talent mais qui travaille énormément, un jour ou l’autre, si le talentueux ne travaille pas, le travailleur passera devant. Je dirais donc : du travail, du travail, du travail.

 

 

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